JdR&Handicap : Ouvrir l'enclos, tomber les barrières...

JdR&Handicap : Ouvrir l’enclos, tomber les barrières…

Ah l’inclusion, l’inclusion, … L’Inclusion est un terme, un concept, qui est très en vogue dans le secteur médico-social. Depuis quelques années, en effet, on ne parle plus d’Intégration Sociale, mais d’Inclusion Sociale. Au-delà du terme, c’est toute une politique et toute approche professionnelle complètement différente.

Mais voilà, sur le terrain, l’inclusion est souvent loin d’être une évidence. J’espère par cet article vous aider à saisir ce qu’est l’Inclusion, et vous montrer comment le jeu en général, et plus spécifiquement le JdR, peut participer à l’Inclusion.

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L’injonction d’Inclusion

Ma direction nous a demandé, cette année encore, et avec peut-être encore plus d’insistance, de développer nos partenariats avec les structures de droits commun. Le souhait de ma direction est que nous établissions un peu partout des conventions de partenariat. Ces conventions doivent viser à développer l’Inclusion des jeunes que nous accompagnons.

Oui mais…

Concernant mon projet d’atelier Jeu/JdR dans la « strcuture jeunes » de la ville, si vous avez lu mon précédent article, vous savez que mon entretien avec les responsables n’a pas eu l’effet escompté…

Comment faire comprendre à cette direction qui gère des choses éminemment complexes depuis son bureau, que sur le terrain tout est différent ?

Il ne s’agit pas et il ne suffit pas de dire aux partenaires que « la loi nous oblige et vous oblige à … »

Qu’importe ! Convention ou pas, je retourne avec mon groupe conquérir les consciences sur le terrain plutôt que dans les bureaux !

… les moutons seront bien gardés

Pour désenclaver la société, rien de tel qu’un petit jeu, de société justement, simple à comprendre. Et puisqu’on parle d’enclos, allez hop : Guerre des Moutons !

Ce jeu est parfait pour illustrer la différence entre intégration et inclusion.

Guerre des moutonsVoilà un bel exemple : Dans l’image ci-dessus, plusieurs enclos avec des moutons de différentes couleurs, quelques bergers, un chasseur et un loup, ainsi qu’un village.

Tous les personnages participent de cette « société » qu’est le jeu. Chacun y a sa place.

Cependant, on a là une séparation catégorielle, une discrimination, puisque les jaunes sont avec les jaunes, les bleus avec les bleus, les noirs avec les noirs, etc.

Intégrés mais exclus

Considérons donc les deux petits moutons bleus dans l’enclos juste à côté du village. Ils participent du jeu, ils sont donc « Intégrés » dans cette « société ». Mais en aucun cas, ils ne peuvent rejoindre l’enclos des jaunes ou des noirs adjacents. Ils en sont donc exclus = Il n’y a pas d’Inclusion.

Dans cette « société » qu’est le jeu « Guerre des moutons », seuls les Bergers sont Inclus dans un groupe  « moutons ». Et encore, c’est parce qu’ils en ont adopté le code vestimentaire…

Volonté d’Inclusion

Pourtant, certains moutons voudraient bien rejoindre l’enclos voisin. Regardez en haut à gauche et tout en bas. Regardez ces moutons de couleurs différentes qui se font des bisous… Ils voudraient bien, eux, faire tomber les barrières de l’exclusion et de la discrimination, mais voilà : ce n’est pas si simple !

Et bien dans notre société, c’est pareil, il y a des barrières, moins tangibles, moins visibles, mais tout aussi difficiles à faire tomber ou à franchir. Charge à nous de les repérer et de faire le nécessaire donc !

Revenons maintenant à notre atelier « jeux ».

L’inclusion en pratique

Dans cette structure pour jeunes de la ville donc, j’accompagne un groupe de jeunes handicapés, et, autour du jeu, nous nous efforçons de faire tomber ces barrières. Nous jouons ensembles. Les jeunes, handicapés ou non, s’amusent. Cela se voit, ça attire les regards, ça attise les envies.

Certains, plutôt que de rester vers moi autour de la table de jeu, ont choisi de jouer sur le billard, taper les boules. Ils s’amusent, là aussi, handicapés ou non, et c’est bien l’essentiel.

Vient l’heure de la pause, mais aussi et surtout celle que certains commencent à attendre avec une certaine impatience. C’est l’heure du « jeu où on se bat contre des monstres ». C’est ainsi qu’ils ont appelé Dungeon World, ça leur parle.

Le JdR, inclusif ?

Nous avions laissé un guerrier nain, un voleur, et un druide agonisant à l’entrée d’une tour de mage…

Laissons leur le secret de ce cuisant échec et avançons un peu dans le temps. Notre désormais Bon druide Aegor, puisque c’est le contrat qu’il a passé avec la faucheuse, a trouvé refuge avec le voleur dans une auberge. Le guerrier nain Ozgur n’a pas encore réapparût.

L’auberge, lieu de rencontre et d’inclusion

Dans cette auberge, Aegor a fait connaissance de Liliastre, un magicien qu’il a d’abord cru être celui de la tour en question (l’abus d’alcool est dangereux pour la santé). Suite à la bagarre qui a suivi, le druide est sorti vainqueur, ce que le magicien a justifié par le fait de n’avoir pas son grimoire sur lui… Bref !

Quelques choppes plus tard, les voici tous deux en train de mettre au point un plan. Il s’agit de se rendre dans le château d’un ogre, pour l’y occire et s’emparer des richesses qu’il y cache. Rien que ça.

Problème principal pour eux, mais surtout pour le magicien : Le château est situé à deux semaines de là. Ils n’ont pas assez de rations, ni la moindre pièce d’or en poche. Mais comme la fortune sourit aux audacieux, Aegor se souvient qu’il n’est pas arrivé seul ici. Felix, le voleur, possède certains talents qui pourraient bien leur être utiles.

Les voici maintenant trois à conspirer, pour piller les réserves de nourriture d’une demeure bourgeoise cossue qu’ils ont repéré non loin.

Je vous passe les échecs, les chiens de gardes aboyant, les voisins les reconnaissant. J’oublie la course poursuite dans les ruelles de la ville, et des meilleures, … Ils parviennent à leurs fins, et quittent donc la ville, bien chargés de victuailles pour leur périple.

On ne s’inclue pas sans accord !

Après une semaine de marche, ils arrivent dans une petite clairière que le druide juge calme et sécure. Ils établissent donc le campement, pour se réveiller en pleine nuit pendus par les pieds. Ils sont tenus en l’air par des sylvaniens qui les accusent d’avoir violé un sanctuaire naturel !

Le druide parviens à convaincre les arbres animés qu’ils sont là en paix et ignoraient où ils mettaient leurs gros pieds maladroits. C’est alors que les sylvaniens les laissent tomber au sol, littéralement, et que le druide se retrouve nez à nez avec une chamanesse qui l’observe attentivement : Kaahana (ou un truc comme ça).

Premier bilan

Fin de cette troisième séance et retour au réel : la mayonnaise prend bien en ce début d’année, mieux que l’an dernier.

Le groupe que j’accompagne est moins timide que celui de l’an dernier, et force est de constater que ça aide grandement. D’où une petite leçon de vie toute simple, que, j’espère, ils retiendront et que je résumerais ainsi : « Si tu vas vers les autres, les autres viennent vers toi. Si tu attends qu’ils viennent, tu attendras longtemps ».

Finalement, l’inclusion, c’est d’abord ouvrir son propre enclos…

Quatrième séance : On commence en douceur par des petits jeux de cartes en attendant que d’éventuels participants arrivent : One Piece – pour une poignée de berrys, et Ghooost ! J’en ai prévu d’autres, mais ce sont ces deux-là qui sont choisis.

On enchaîne sur jeu de dames et d’échecs pour ceux qui le veulent, et là, je sens l’impatience monter, et j’adore ça.

Nous reprenons donc la partie pour ceux qui le souhaitent.

Assaillir un château (ou un service municipal) ça se prépare…

Les héros se mettent donc en chemin, très vite rejoints par la fameuse chamanesse pour trouver enfin ce château de l’ogrrrrrre. (ça fait peur)

En chemin, éclaireur et jaguar en tête de cortège, ils devisent et préparent leur stratégie d’attaque du château :

– Paraît que le château est défendu par une troupe de nains.

– Ah oui et des molosses infernaux aussi !

– Euh nan, un seul c’est déjà pas mal…

– On fait comment alors ? On fonce dans le tas ?

– Ben non, nous (la chamanesse et le druide) on fait diversion, et vous, avec le voleur, vous vous glissez dans le château discrètement.

L’Inclusion n’est pas une conquête qu’on remporte par la force ou la ruse

Au moment où nous sommes contraints d’arrêter la séance faute de temps, le magicien tente de contenir un feu allumé par inadvertance par l’éclaireur. L’éclaireur est enfermé dans un piège de type cage de fer, séparé de son jaguar Jag qui ne sait que faire pour aider son maître.

Le voleur est dans la place forte et cherche… ben il ne sait pas encore quoi. Le druide est métamorphosé en gorille et charge les troupiers nains. La chamanesse a invoqué l’aide de cinq sangliers, grâce à sa communion avec l’esprit du sanglier, pour la protéger des mêmes troupiers nains.

Steelnew, le Paladin qui rodait autour du château pour des raisons qu’il préfère passer sous silence (perdu a Call-of peut-être…), s’est enfin décidé à intervenir (et à venir jouer), pour aider le Magicien et le Voleur à éliminer le dernier garde devant la porte.

Bilan inclusion de la partie

J’ai commencé cette partie avec trois jeunes dont deux vraiment motivés, et je la fini avec cinq joueurs autour de la table et plusieurs spectateurs qui montrent beaucoup d’intérêt. Handicapés ou non ? Personne ne s’en souci !

En voilà de l’Inclusion !

Si seulement elle pouvait arriver dans les hauts bureaux de la ville…