JdR&Handicap : Si tout était toujours aussi simple qu’un jeu…

Premières séances avec mon nouveau groupe sur les nouvelles modalités.

Comme je l’avais expliqué dans mon précédent post, cette année, je propose une plus grande variété de jeux et je laisse les jeunes de mon groupe libres de participer à cette activité ou à une autre.

La finalité est qu’ils puissent se rencontrer avec d’autres jeunes de l’agglomération. Nous jouons donc toujours dans les mêmes locaux, une structure gérée par la commune (c’est un peu comme une MJC).

*Image piquée sur mageekfanzine.com

The first one :

Pour lancer l’année rapidement j’ai proposé un one-shot Dungeon World avec des persos prétirés. La plupart des jeunes de mon groupe ont adhéré et un jeune habitué de la structure s’est joint à nous.

Tous étaient néophytes en matière de JdR. Un des jeunes que j’accompagne a préféré se joindre à un autre groupe autour du billard. Soit.

Au final, tous se sont amusés, ont pu faire des connaissances, commencé à nouer des liens, donc, en ce qui me concerne, bingo !

Pour revenir à la partie plus JdR qui nous intéresse, j’ai eu autour de la table un voleur, un cambrioleur, un guerrier nain et un barbare halfelin (si, si, ça existe).

Découvrant le JdR, ils ont oscillé entre ne pas trop savoir quoi faire et foncer dans le tas. Tout ceci, bien évidemment s’est soldé par la mort du groupe tout entier, mais bon… La mort (les dés surtout) s’est montrée clémente et certains ont eu droit à un marché…

La base scénaristique était simple : exploration d’un canyon labyrinthique en quête de leurs âmes dérobées par une secte à la solde d’un démon… sympatoche. Le but étant de leur faire découvrir les différentes règles de Dungeon World et les bases du JdR.

Comme tout débutant qui se respecte, ils étaient plus centrés sur le méta que sur le RP, mais peu à peu, certains ont osé narrer et mimer leurs faits d’arme.

De même, tous sauf un, ont pu répondre aux questions posées par le Meneur et ainsi enrichir un peu le background.

Pour le dernier, celui évoqué qui n’a pas pu répondre, chaque question faisait l’objet d’un « Je ne sais pas… ». A sa décharge, il avait passé les deux jours précédents et la matinée en vendanges, et était donc très fatigué.

Fin de partie, j’interroge sur les ressentis, les remarques, les envies.

Tous s’accordent sur le besoin de plus que du verbal, un support visuel, « des petites figurines » me disent-ils « pour mieux visualiser les scènes ». OK…

 Il va donc me falloir conjuguer improvisation d’OS de 3h avec participants irréguliers et préparation de plans détaillés avec gugus à la wargame… Pas gagné… Mais bon.

Du coup ça me donne l’idée pour de prochaines séances d’investir dans des boardgames avec figurines et tout le tremblement, mais bon… je n’ai toujours pas reçu l’accord budgétaire de ma direction…

The second one… The last one ?

Certains s’installent d’emblée autour des tables de billard, ping-pong, baby-foot, etc. D’autres choisissent de rester autour de la table de jeux.

De nouveaux venus nous rejoignent. Un ancien, que vous avez connu comme Aegor le Druide est de retour. Je leur propose de changer de type de jeu pour un jeu de société plus « classique » : River Dragon.

Pourquoi ce jeu ?

-Tout d’abord le principe est simple : Traverser la rivière le premier, sur des planches de bois posées sur des pierres.

– Les règles sont assez simples également et faciles à expliquer : Chacun prépare 5 cartes faces cachée dans un ordre prédéfini, puis les retourne une par une chacun son tour. Les cartes permettent de poser 1 ou 2 pierres, 1 ou 2 planches, avancer de 1 ou 2, enlever 1 pierre et 1 planche, sauter par-dessus un adversaire, annuler l’action d’un adversaire. Certains faux-pas vous ramène à votre île de départ.

– L’ensemble demande un peu de réflexion et de stratégie. C’est simple, mais tout sauf simplet, et au final, on se prend assez vite au jeu.

Bref. La partie se passe bien. Certains apprennent à leurs dépens que chercher à nuire aux autres ne fait pas avancer, et l’un des nouveaux venus emporte la partie.

Ensuite, je tente un truc un peu fou : une enquête de Sherlock Holmes Détective Conseil.

S’ils paraissent preneurs et désireux de jouer dans un premier temps, attirés par l’idée d’enquêter, rapidement, dès l’introduction en fait, je sens que je les perds.

Il faut dire que ce jeu nécessite beaucoup d’attention et est principalement basé sur la lecture et la prise de note, avec une bonne dose de réflexion assez fine pour trouver la bonne piste. Bref… Pour mon public, ça coince, mais même pour les autres jeunes : pas assez d’action, trop de texte, trop d’attente, trop lent, trop difficile. Je dois renoncer après le troisième chapitre lu. Dommage, perso j’adore ce jeu.

Note pour moi-même : Laisser ce jeu à la maison et y jouer à la maison.

Une pause pour s’aérer les neurones et envisager une alternative… L’un de mes jeunes vient me proposer de refaire « le jeu qu’on a fait la dernière fois avec les monstres, le labyrinthe, et tout ça »…

Banco ! Il reste une petite heure à peine. Je ressors mon LdB Dungeon World, mes dés, et mes fiches de prétirés, je propose aux jeunes présents de me rejoindre, 3 viennent à la table, les autres préfèrent le billard et consorts. Grand bien leur fasse.

J’improvise donc une mission d’infiltration dans la tour d’un mage afin de lui dérober son grimoire.

Voleur : Comment as-tu eu ce tuyau ? Comment savais-tu où trouver cette tour et comment sais-tu ce qu’elle contient ?

Druide : Quel intérêt as-tu à suivre ton compagnon voleur dans cette entreprise ? Quelle magie contre-nature contient ce grimoire ?

Guerriers : Comment t’es-tu laissé convaincre de les suivre jusqu’ici ? Que crois-tu trouver dans cette tour en plus du grimoire ?

Chacun répond aux questions, m’apportant quelques éléments nécessaires à l’improvisation de la suite, et hop, on est parti ! Une liane chasseresse plus tard, le Druide est à terre et négocie sa survie avec la faucheuse, le guerrier caparaçonné enfonce la porte de la tour dans un fracas assourdissant, et le voleur mal en point se faufile à l’intérieur en veillant à bien rester dans l’ombre, retenant son souffle… Suspens…

Les joueurs prennent plaisir, moi aussi, bref, ça roule ! Mais l’heure avance et il faut plier pour rentrer.

Si vous avez des idées de jeux assez simples à appréhender, qui combinent figurines, liberté de décision et de mouvement, durée limitée à 3h, je suis archi-preneur.

Merci pour eux.

Et coté administratif ?

Je n’ai toujours pas eu de rendez-vous avec les responsables du lieu pour l’accord, ni de ma direction pour le budget, mais, maladresse sans doute, j’ai déjà imprimé et mis à disposition une dizaine de tracts pour informer de l’activité, et, grosse maladresse, indubitablement, j’y ai collé les logos de la structure, et de mon association…

Je termine donc avec un ajout de dernière minute, puisque ce matin, mes tracts ayant eu l’effet escompté, à savoir, déclencher une réaction des services concernés,  j’ai du aller négocier avec les personnes responsables du service de la jeunesse (ce n’est pas le titre exact que je préfère garder sous silence), la possibilité de poursuivre mon activité dans leurs locaux en payant une adhésion « de groupe » plutôt que nominative.

Refus catégorique, car « les tarifs et conditions d’adhésion ont été votés en conseil municipal ».

Je leur suggère d’étudier pour l’an prochain une adhésion « Association ».

Refus catégorique car « La structure n’a pas vocation à accueillir des associations ».

J’entends. Cela m’agace, mais j’entends.

Je verrai donc pour que les jeunes que j’accompagne s’acquittent d’une adhésion nominative.

On m’accorde le passe-droit, si mon groupe devait changer, ce qui forcément arrivera en cours d’année, de n’être pas trop regardant, sauf si les jeunes veulent participer à des sorties, pour des raisons d’assurance.

Là encore j’entends, mais ça m’agace.

On finit par me demander si je ne pourrais pas laisser les jeux (que mon association va financer) à disposition de la structure quand je n’y suis pas, me prétextant que dans ce partenariat, eux, responsables de la structure, ne voient pas ce qu’ils gagnent…

« Et un animateur qui vient gratuitement chaque semaine proposer une activité ludique variée à tous les jeunes adhérent de votre structure ? Non ? Ce n’est rien ça peut-être ? « .

Silence lourd de sens en guise de réponse. Je prends sur moi, mais ça m’agace…

Pour finir, on me fait part de demande d’autres professionnels de mon association qui sollicitent la structure pour accueillir leur publique, sous-entendu : « Est-ce que vous ne seriez pas à l’initiative de toutes ces demandes ? ».

« Alors là, laissez moi vous expliquer : Dans mon association, un peu comme chez vous à la commune, il y a de nombreux services et de nombreux salariés, et pour autant, on ne se connaît pas tous. Donc non, je ne suis pas au courant, mais le mot d’ordre de notre direction générale étant l’inclusion et aller vers les structures de droits communs, attendez-vous à être de plus en plus sollicités. »

« Ah d’accord, parce qu’on vous dit oui à vous, mais aux autres on va dire non, parce que leur publique est plus âgé et ne correspond donc pas à notre mission qui est l’accueil de jeunes jusqu’à 20 ans. Les vôtres, 14-20 ans, ça correspond. et puis on a eu un retour positif de certains jeunes qui ont participé… Mais dites-vous bien qu’on se réserve le droit de mettre un terme à votre activité si les jeunes n’y trouvaient plus d’intérêt. »

« J’entends bien. » 

« Oui, et puis si les personnes qui viennent des autres services de votre association sont plus handicapés que les vôtres, on ne voudrait pas qu’ils fassent fuir nos jeunes non plus vous comprenez… ».

Alors là, mes chers lecteurs, je reste poli, courtois, je prends sur moi, je ferme ma grande gueule, je sourie, je salue bien bas, je remercie, et je me casse de là prestement, mais comment vous dire ? Ben je me sens un peu comme ayant négocié l’entrée de nains dans un sanctuaire elfique… Cela pue la discrimination à plein nez !

Bref, déjà on ne m’a pas foutu dehors, et je vais pouvoir poursuivre mon projet. Rendons grâce ! Mais au final j’ai le sentiment d’avoir un peu perdu mon temps et mon âme dans cet échange. 

Je pense en toucher deux mots à ma hiérarchie, et ils verront bien quelles suites donner, mais comme tout cela était dans le cadre d’un échange informel, vous imaginez bien que ma parole d’éduc à la noix contre celle d’une personne responsable d’un service de la commune…

N.B. :

Il se pourrait, si cet article arrivait à certaines personnes, que je doive avoir quelques soucis et mettre un terme à mon activité, c’est pourquoi, je ne nomme ni ne nommerai ni la ville, ni les lieux, ni les personnes : Il faut parfois savoir pardonner pour mieux convaincre.

Merci pour tous les jeunes qui en profitent, quelle que soit leur situation, de respecter mon choix et cette confidentialité .