Jérémy GUILBON/ novembre 20, 2018/ JDR Psychiatrie, Jeu de Rôle/ 0 comments

Bonjour !

C’est l’heure du nouveau compte-rendu de #JDRpsychiatrie !

I) Le Compte-rendu

Séance du 06/05/18 : Monster of the Week

#jdrpsychiatrie

Les aventures d’un jeune MJ en Clinique de psychothérapie institutionnelle, Episode 9 : « J’vais me graver un symbole ésotérique sur le front avec mon ongle, comme ça j’vais pouvoir lancer mon sort de capture d’esprit ! Tu sais qu’avec une craie sur un mur tu seras tout aussi efficace ? Oui, mais ça a vraiment moins de style ! »

Bonjour à toutes et à tous !

Pour ceux qui ne connaissent pas encore mon projet, je suis infirmier dans une Clinique de psychothérapie institutionnelle et j’ai la chance de pouvoir pratique le JdR avec des ados hospitalisés. A travers mes compte-rendu, j’essaye de vous présenter ma pratique au près d’un public particulier et les effets « thérapeutiques » possible que j’en tire.

Cette semaine, j’ai proposé une session de Monster of the Week ! Pourquoi n’ai-je pas continué D&D 5e ? Et bien j’ai réfléchi à mon atelier durant les vacances et le carcan de règles de Donj’ est un peu trop « poussé » pour des néophytes. Je me suis fais la réflexion que cela « bridait » un peu trop (à mon goût) la spontanéité. Je m’imaginais mal accueillir correctement des nouveaux avec un personnage ayant déjà quelques niveaux. En plus, le temps de préparation nécessaire en amont est une variable trop importante pour moi (les joies d’un enfant en bas âge) pour assurer des séances de « qualité ». Mon choix c’est donc reporté sur mon système de jeu de prédilection, le système « apocalypse » ! (PbtA, pour les intimes) Exit l’héroic fantasy, j’ai profité du peu de monde présent (vacances scolaires) pour reproposer Monster of the Week ! (MotW) Les livrets officiels de personnage étant disponible en VF, nous avons pu partir sur une création totale d’univers et de perso, ce qui a visiblement plu !

Trois personnes à ma table ce jour, ils ont tout les trois déjà pratiqué le Jdr dans le cadre de l’atelier, sur un sytème de jeu similaire (Dungeon World). Pour des raisons de confidentialité, les noms sont bien entendu modifiés.

– Bernard : Joueur très régulier de ma table, hospitalisé depuis plus d’un an. Il était venu avec l’hypothèse diagnostique d’un autisme d’Asperger. Ce dernier sera réfuté et aujourd’hui nous sommes plus sur la piste de la dépression atypique, avec quelques éléments de l’ordre de la psychose. Il a choisi d’incarner un « Divin », un représentant céleste descendu sur Terre avec une mission particulière. Ici, sa mission sera d’assurer la protection d’un autre joueur, incarnant un « Epouvantail », car son rôle sera capital dans les évènements futurs.
Bernard a assuré avec brio son rôle « détaché » des basses besognes et des travers de l’humanité, surtout que c’est un trait de caractère qui peut le caractériser. Cela c’est amoindri depuis le début de l’hospitalisation, mais cela reste encore perceptible par moment. J’ai été surpris qu’il choisisse ce personnage, lui qui m’a habitué à incarner des personnages bien plus « sombres », avec des comportements dérangeants au  possible (addiction au sang, démonologie, …). Bref, il va pouvoir explorer une nouvelle facette avec son personnage.

– Mathieu : Joueur le plus jeune du groupe, hospitalisé pour des troubles du comportement depuis plusieurs mois maintenant. Grand féru de culture « manga », il a choisi d’incarner une « Professionnelle », envoyée dans la petite ville de « Lost Creek » pour raison non déterminée ce jour. L’agence « non officielle » Sushiki est une organisation mystérieuse, disposant de moyens financiers colossaux mais arborant une hiérarchie des plus mystérieuse, adepte du secret. Son personnage a pour alibi un poste de prof de Japonais à l’université de la ville. Cela lui permet de surveiller et de rester en contact avec certains jeunes de la villes possédants d’étranges facultés (les autres PJ). Mathieu semble avoir été à l’aise dans ce personnage, développant les avantages de travailler pour une telle organisation. (voiture de luxe, maison ultra High-Tech, …). Il a fait des choix de stats plutôt curieux, mais cela a permis au groupe d’être équilibré. (Haut score en Futé et Cool et faible score en Coriace, compétence nécessaire au combat). Il semble content de son personnage et je pense qu’il attend de pouvoir le développer plus longuement. (Relation Prof/élèves, Jeune femme séduisante, …)

– Alexis : Joueur tout aussi régulier de la table, grand amateur de jeu. Il est de nouveau hospitalisé depuis quelques semaines, après un retour à domicile difficile. Il présente tout les symptômes évocateur de la schizophrénie et il est actuellement en train de travailler en psychothérapie la prise de conscience de ses troubles. C’est avec un peu d’émotion que j’ai accueilli son choix de personnage : L’épouvantail ! Il a créé une jeune adolescente (14 ans), possédant des pouvoirs surnaturels au prix d’un côté « obscur » qui peut apparaître si la situation dégénère. J’ai proposé, avec son accord, de personnifier ce côté obscur par un double maléfique, apparaissant dans les miroirs ou utilisant le téléphone pour communiquer. Il a choisi comme traits pour cet être : Secrets, Hallucination et Paranoïa.
Bref, je ne vais pas vous faire un grand schéma tant le lien entre Joueur et PJ me paraît évident. Il n’a cessé tout le long de la partie d’essayer de « comprendre » cette entité et il me tarde de continuer à jouer avec lui pour voir jusqu’où cela peut aller ! (Principe de base des jeux PbtA : Jouer pour voir ce qu’il va ce passer) Toujours est il qu’il s’est énormément investi dans son personnage, inventant sa famille avec sa mère disparue dans de mystérieuses circonstances, son père et son frère tenant un salon de thé, le Cats and Tea, inventant divers lieux où son personnage a l’habitude d’aller… Bref, il a été très investi et je ne l’avais jamais vu aussi « pro-actif » !

La séance a duré 3h30 et elle c’est déroulé comme ça :

– Création des persos et établissement des liens
– Brainstorming pour la création de « Lost Creek », la ville. J’ai demandé à chacun d’inventer un ou plusieurs lieux important de la ville, avec quelques PNJ. Cela a donné vie au Campus universitaire, le salon de Thé Cats and Teas, tenu par la famille d’un des PJ, un skate-park, un bar nommé le Hell Rest, … Nous étions dans les clichés et c’était top !
– Présentation de la situation initiale puis déroulement  de la partie pour résoudre le mystère
– Petit débrief à la fin

J’ai utilisé le scénario « Ours Grognon » proposé par Gulix sur ce forum (casus no) et j’en suis super satisfait ! L’histoire a été assez simple à mettre en place et l’ambiance a marché du tonnerre. Je ne dirais rien de plus sur ce petit scénario mais je vous invite grandement à la découvrir si vous avez l’occasion de mener ce jeu.  J’ai utilisé la présence d’une parodie des frères Winchester de Supernatural, les frères Derringer, afin d’épauler et de guider les PJ sur la chasse aux monstres. Cela m’a été d’une aide précieuse car ils ont pu leurs rappeler les rudiments  de la chasse aux monstres. (Préparation, recherches, …)

La séance a été assez intense, surtout pour Alexis. C’est lui qui a le plus pris la parole et entrepris d’actions, tentant à la fois de percer le mystère de son double maléfique et bien sur celui de l’enquête. Il nous a bien fait rire plusieurs fois, incarnant cette jeune adolescente avec brio ! Néanmoins, il m’a été plus difficile d’apporter « autant » aux deux autres joueurs. Je ferais attention à la prochaine séance à mieux distribuer la parole, surtout qu’ils ont tout les deux laissé suffisamment de pistes hyper intéressantes à développer ultérieurement.

Je tire de cette séance une très bonne impression, tant personnelle que professionnelle. La grosse bouffée d’air frais a été pour moi la construction commune du cadre de jeu. Jouer dans un contexte contemporain, en incarnant des adolescents, ça change énormément de la vie stéréotypée d’aventurier explorateur de donjons ! Ils ont dû inventer leurs proches, se justifier au près d’eux pour rentrer plus tard, avoir peur pour eux lorsque le monstre les menaces, … Bref, toutes ces petites scènes ont apporté de la vie, de la profondeur à leurs persos et de beaux moments de RP. Jouer à fond sur les stéréotypes des séries a été pour moi un exercice très sympathique. Je me suis senti à l’aise très rapidement avec l’univers, le système et les actions des PJ. Les trois ados sont repartis avec le sourire et c’est l’objectif premier. Le niveau de « gore » était plutôt très bas sur cette séance mais je dois demander en amont jusqu’où je peux aller. (Ou alors un système à la X-Card ?)

Prochaine séance dans deux semaines. Je vais lancer un système d’inscription en amont pour participer aux séances, en limitant le nombre de joueurs à 5. Je vais voir ce que cela donne, peut être que ça fera venir d’autres personnes. J’ai deux options en terme de jeu : Poursuivre Monster of the Week ou Convertir la campagne D&D5 sur le système de Dungeon World. Je verrais avec les inscrits ce qu’ils préfèrent.

Merci de m’avoir lu jusque là, comme d’habitude c’est avec joie que je répondrais aux divers commentaires/questions.

Ludiquement,

Jérémy

 

II) Commentaire

C’est toujours grisant de sentir la « sauce » prendre lorsque l’on ramène un nouveau jeu ! La création commune du cadre de jeu est une étape importante pour l’appropriation de son personnage et je dois dire que ça a fonctionné du tonnerre ici ! 

Concernant la réflexion sur le système de jeu de D&D5, mon avis évoluera sur la question. J’étais assez amer après la séance difficile (cf compte-rendu précédent) et un petit cheminement aura été nécessaire avant que je puisse le reproposer dans de meilleurs conditions à l’atelier. 

 

Comme d’habitude, si vous avez des retours à me faire, je suis preneur ! 

Ludiquement,

Jérémy

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