#JDRpsychiatrie Saison 4 : Anthony

Hello ! J’inaugure avec cet article une nouvelle façon de présenter mon travail. Au lieu de partir de la séance et de faire un compte-rendu, je vais partir directement du patient, dans l’espoir de mettre un peu plus en avant la singularité de notre méthode de soin. (La Psychothérapie Institutionnelle)

Entrée dans les soins :

Anthony a commencé une psychothérapie en 2013 (16 ans) pour symptomatologie dépressive. Il a ensuite été suivi par un Psychiatre qui a mis en place un traitement antidépresseur. (2015) Survient une hospitalisation en Mars 2015 pour un état dépressif avec somatisations. (Ici, nausées, vomissement et céphalées) En terme de bonne pratique en psychiatrie, face à une difficulté somatique, nous devons toujours faire des examens afin de ne pas passer à côté d’une pathologie somatique. Il a donc eu le droit à un IRM et une fibroscopie gastrique qui se sont révélés négatifs. A également eu des idées suicidaires dans un contexte de reprise de scolarité.

Il a ensuite été admis en centre de soins études mais son état se dégradant rapidement, il a été admis chez nous. (Ce type de centre met en priorité les études et ensuite les soins, alors que nous, nous sommes dans la démarche inverse.)

 

 

Évolution et quotidien :

A son arrivée, c’est un jeune très triste, avec quelques symptômes caractéristiques de la dépression : clinophilie, anhédonie et aboulie. (Le fait de rester au lit, l’absence / diminution de désir et l’absence / diminution de la volonté) A noter également une tristesse de l’humeur, un ralentissement psychomoteur et une perte d’appétit. Les premiers temps furent un peu difficile pour Anthony, restant beaucoup dans sa chambre, se mélangeant peu et exprimant rapidement son envie de partir, même s’il n’a aucun projet d’avenir. (Les joies de l’opposition passive) Nous pouvions également noter une consommation excessive d’écran…

Néanmoins, petit à petit, il a pu découvrir certains ateliers (dans lesquels je suis actif), à savoir l’atelier informatique, le jeu de société et bien entendu le Jeu de Rôle. (La limitation du temps d’ordinateur a été un sacré coup de pouce !) Ce sont des espaces qu’il a rapidement investi, lui permettant de se rapprocher de certains jeunes et de nouer des relations amicales, tout en participant à la vie de la Clinique. (Nous disposons d’une salle informatique et se sont les patients qui tiennent des permanences)

Au début assez réservé, il a assez rapidement pris confiance en lui et aujourd’hui, je peux dire qu’il est un élément moteur au sein de ces ateliers. Sont état général c’est également amélioré, bien qu’il persiste quelques épisodes d’apathies. La socialisation au sein de l’établissement c’est également très bien faite et les relations avec ses parents se sont détendues. Il va même se présenter cette année au bureau du Club Thérapeutique, l’asso loi 1901 de l’établissement. Se pose la question de son avenir ? Nous envisageons des stages dans le domaine de l’informatique et dans la prise en charge d’animaux, Anthony nous montrant son amour pour les bêtes avec Happy, notre chat institutionnel.

 

L’atelier Ludi’rôle :

Lors de ses premières parties, Anthony s’est montré discret, en retrait mais quand même présent. Au fur et à mesure, il a pris de l’assurance, lui permettant de se lancer dans l’interprétation de son personnage. Il réussi même à s’individualiser de l’avis des autres ! (Typiquement, le roublard qui laisse les autres sortir en premier de la salle au trésor…) J’ai aujourd’hui coutume de dire que l’atelier est un excellent endroit pour le voir « s’animer », lui qui est particulièrement nonchalant au quotidien. Force de proposition, réagissant au quart de tour, distillant sa bonne humeur … Il est lui même assez friand de cette activité, raccourcissant volontairement certaines permissions pour être présent le dimanche après-midi !

Mais alors concrètement, en quoi l’atelier lui a été bénéfique ?

Tout d’abord, c’est clairement en terme de liens avec ses pairs. Je me permet de rappeler que je pars du postulat que la maladie mentale finit toujours par désocialiser. La création d’espace de rencontres et d’échanges sont donc primordiales et toutes les activités proposées au sein de la Clinique ont ce point commun. Désolé si j’en froisse quelques-uns, mais je vois les médicaments comme des « béquilles », le plus important étant avant tout la relation à l’autre.

Le cadre sécurisé / sécurisant de l’atelier lui a certainement permis de se lancer dans des « expérimentations » sociales, surtout avec ses personnages de Roublards ! La prise de parole en public, avancer ses arguments, débattre d’un plan… Bref, les discussions habituelles d’un groupe d’aventuriers face à l’adversité ! Néanmoins, cela semble lui avoir été profitable et je reste intimement persuadé que cela a facilité ses relations en dehors de ce cadre.

Difficile de ne pas mentionner également que nous nous amusons énormément !  Nous sommes assez souvent dans le registre de la parodie plus où moins subtile, provoquant parfois l’hilarité générale ! (En plus des plans improbables, de la malchance / chance au dés, … Bref, les classiques!).

 

Son personnage dans la campagne actuelle :

Dans le désir de retourner sur D&D5 (accessibilité, souplesse, …) et de proposer une « petite » campagne dans un ton différent, nous jouons actuellement Le Vol des Dragons (Dragon Heist), la petite campagne d’investigation urbaine à Waterdeep. Pour le moment c’est très très fun et la partie bac à sable avec la gestion du manoir / auberge est fort amusante ! (Encore merci BBE pour le matériel <3)

Après une obsession pour l’archétype des roublards / voleurs / cambrioleurs, il a pour cette campagne décidé de s’aventurer vers la voie du fanatisme religieux, à savoir le Paladin ! Il n’a pas encore choisi son serment mais déjà il a su nous montrer son changement de position… En extrapolant un peu, il est possible de faire quelques suppositions. Est-il prêt à faire « face » aux conflits alors qu’avant il agissait dans l’ombre ? Est-ce une banale envie de changement ? (Je ne crois plus trop au hasard, surtout en psychiatrie) Cherche t’il un cadre plus strict / structurant ? L’avenir nous en dira certainement un peu plus…

 

Conclusion :

C’est un exercice un peu plus complexe que ce que j’imaginais de synthétiser « l’histoire de la maladie » de quelqu’un ! Néanmoins, c’est bien plus satisfaisant car j’ai le sentiment de mieux transmettre la singularité de ma pratique. J’ai fais au mieux mais bien entendu, il y aurait encore beaucoup à dire ! C’est un premier jet et encore une fois, je suis preneur de vos retours / critiques sur ce changement de focus. (Développement, focus, présentation, questions, …)

Ludiquement,

Jérémy