Rencontre avec Vivien Féasson pour : « Exploirateurs de Bruines », partie 1

A l’occasion de la sortie d’Exploirateurs de Bruines, le prochain livre de Vivien Féasson – auteur de Libreté, De Bile et d’Aciers ou encore les Enfant de Ukiyo – nous l’avons rencontré pour évoquer son univers, son jeu, ses envies, et son travail.

La précommande participative de « Exploirateurs de Bruines » se déroule du 18 au 30 novembre : https://www.gameontabletop.com/cf412/exploirateurs-de-bruines.html

Sturm : Bonjour Vivien, tu t’apprêtes à sortir « Exploirateurs de Bruines », il s’inscrit dans un univers que tu as décrit dans tes précédents livres, peux-tu nous le présenter en quelques mots, et nous dire ce qu’on joue ?

Vivien : Exploirateurs se situe dans la lignée de mes précédents ouvrages, en ce sens que l’on joue encore une fois des enfants piégés dans une Ville labyrinthique et mystérieuse, où il pleut tout le temps et où les seuls habitants sont des sirènes polymorphes et voraces.

La différence, c’est qu’ici les personnages sont des « Exploirateurs de Bruines », des gosses qui vont d’enclave en enclave porter des nouvelles, des lettres, de la nourriture, etc.. Ce sont aussi les seuls qui osent s’aventurer dans les bruines, ces coins de la Ville pleins de trésors et de dangers.

 

Sturm : On retrouve la poésie de l’univers et cette écriture évocatrice, justement tu peux nous en dire plus sur les « bruines » ?

Vivien : Oui ! Personne ne sait vraiment ce que sont les bruines. Certains ont l’impression que ce sont des lieux éminemment symboliques, des endroits qui dans le réel seraient sources de bien des fantasmes ou de bien des peurs (l’usine de bonbons, la pension lugubre où des trucs pas nets ont eu lieu, la bibliothèque à l’allure gothique). Certains prétendent même que c’est là le signe d’un rapport encore bien vivant entre le monde de la Ville et le monde « réel » des adultes.

Bien sûr, comme toujours dans le territoire de l’averse, fantasmes, cauchemars et absurde se mêlent pour créer des lieux dangereux et étranges.

Il y a donc un côté survie et exploration, plus « rôliste » en quelque sorte, très inspiré de Donjons et Dragons et de ses résurgences communément appelées Old School Renaissance (O.S.R.).

Sturm : Old School Renaissance, pour quelqu’un à qui l’intitulé peut faire peur, tu peux expliquer ?

Vivien : J’emploie souvent ce terme en ayant bien conscience que c’est un peu jargonnant. Il faut voir ça comme une école de création ludique, une façon non seulement de faire des règles mais aussi des livres de jeu, en essayant de se libérer de la sacro-sainte “encyclopédie rôliste”. 

L’écriture se veut plus dense, moins verbeuse – ce qui implique de trouver un style particulier qui communique l’essentiel tout en étant agréable ou en tout cas pas aride. D’où dans le livre la décision de recourir à un narrateur, un « gamin post-apocalyptique » qui n’a pas non plus de temps à perdre à faire de la littérature.

Sturm : Et plus spécifiquement le système dans « Exploirateurs de Bruines » ça donne quoi?

Vivien : Le cœur du jeu repose sur le monde inventé et l’imagination des participants : ici, si un joueur ou une joueuse a une bonne idée pour franchir un danger, la meilleure récompense est de ne pas lui imposer de test (ce qui ferait courir le risque d’un échec et donc d’une punition). Les joueurs sont donc incités à prêter attention à la situation, poser des questions, trouver des solutions originales pour s’en sortir… et puis bon quand même de temps en temps à tenter le sort !

Les règles constituent avant tout une boîte à outils que le meneur ou la meneuse est libre d’utiliser ou non. Les situations en jeu sont potentiellement infinies, le système se veut aussi souple que possible mais il est parfois plus intéressant de bricoler une mini-règle pour pouvoir continuer.

Sturm : Hormis l’univers et le système, qu’est-ce qu’on trouve dans ton livre, tu peux nous détailler ?

Vivien : Alors le livre fera 140 pages environ. Nous avons inclus 2 scénarios, la sinistre pension Corbin ainsi que le cirque itinérant. Si nous montons suffisamment haut dans les paliers, je demanderai aussi à quelques talentueux auteurs de ma connaissance de produire des bruines supplémentaires au format pamphlet 3 volets, comme ça se fait pas mal sur la scène OSR, et en PDF (pour ne pas repousser la sortie du livre).

Il y aura bien sûr des tables aléatoires : dans les scénarios, pour aider à la création de personnages, pour créer une enclave sur le pouce et puis… il y a la table des 100 rumeurs à utiliser quand les gamins se renseignent sur les secrets de cet univers.

Après il faut ajouter un petit bestiaire avec quelques monstres dont certains jamais vus jusqu’alors (et pas que des sirènes !) Plus quelques conseils d’utilisation.

 

Sturm : Campagne, one-shot, tu le situe où le jeu?

 Vivien : Le jeu est entre la campagne et le one-shot : les bruines se gèrent actuellement plutôt en une séance, mais il y a un système d’expérience pour pouvoir enchaîner les aventures (pour ceux qui survivent bien sûr). Une étape future si le jeu se développe bien sera évidemment de sortir un ou deux suppléments plus « ambitieux » avec de grosses bruines. Je pense notamment aux égouts qui cachent bien des mystères…

 

Sturm : Tu avais introduit avec le supplément de Libreté : « De Bile et d’Acier » des éléments très ancrés dans la culture populaire du Japon, est-ce que tu nous réserves d’autres petites surprises du genre ?

Vivien : Il y a, je pense, une grosse différence entre Libreté (et son supplément De Bile et d’Acier) et Exploirateurs : le premier n’a besoin que d’une situation, un cadre de départ, pour fonctionner. Le créateur que je suis n’a, pour ainsi dire, rien à apporter à une chronique en cours puisque celle-ci se nourrit exclusivement des apports de la table. D’où l’idée de développer de nouveaux cadres originaux voire iconoclastes comme les méchas d’Evangelion ! (J’ai d’ailleurs toujours envie de développer une version magical girls).

Exploirateurs, lui, nécessite que des auteurs et des meneurs apportent du matériel nouveau pour pouvoir fonctionner. Les personnages explorent, se rendent dans des lieux chaque fois différents. Ils peuvent revenir dans de vieilles enclaves, croiser de vieux amis/ennemis, mais il y a nécessité, pour que le jeu se développe pleinement, qu’ils aient des bruines à fouiller. Peu probable donc que je parte sur une ambiance totalement différente ici (ce qui laisse quand même de sacrés possibilités et autres bizarreries).

 

Sturm : D’ailleurs, en parlant de différence, dans Libreté il y a une notion de conflit entre joueur.se induite par les clans, on retrouve ça ici ?

Vivien : C’est une différence majeure entre Libreté/De Bile et d’Acier et Exploirateurs.

Les conflits entre personnages-joueurs sont fortement déconseillés dans ce nouveau titre, les dangers sont omniprésents et mortels, se tirer dans les pattes est un bon moyen pour ne jamais ressortir d’une bruine.

Bien sûr, il y a des disputes, des désaccords, des petits coups en douce… mais je pense que l’essentiel des dérapages est davantage lié aux initiatives « malheureuses » d’un personnage ou d’un autre (vous savez, le fameux coup de la Fouine qui vole le trésor dont on sent qu’il est piégé, ou de la Brute qui fonce dans le tas au lieu de réfléchir ?) Mais cela fait partie du plaisir de ce genre de parties.

 

Sturm : Tu as inventé un autre concept pour remplacer la « bile noire » ?

 Vivien : Pas de mécanique comme la bile noire ou d’équivalent aussi iconique : le but du jeu est de se situer autant que possible au niveau du monde imaginaire et de recourir aux règles lorsqu’il n’y a plus d’autre choix. On n’est donc pas non plus dans un DD5 ou un Pathfinder, qui offrent des plaisirs très différents ; l’accent est vraiment mis sur l’inventivité des participants, les possibilités infinies qu’offrent l’univers partagé et le langage, la projection dans la création fictionnelle de la table en quelque sorte. Mais nous en reparlerons…. (à suivre dans la partie 2)

 

 « Exploirateurs de Bruines » en précommande du 18 au 30 novembre : https://www.gameontabletop.com/cf412/exploirateurs-de-bruines.html

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