C’est pas un rôliste…

Je me suis creusé longuement la tête pour savoir comment aborder cette interview, comment vous présenter ce personnage atypique, quelles questions lui poser, comment couvrir au maximum tout ce qui le lie au JdR… eh je sèche encore, mais on va se lancer quand même…

Rencontre avec celui qui est au JdR d’auteur ce que Thomas d’Aquin est à la théologie… Monsieur B.

 

Yaakab : Commençons donc par les présentations : en quelques mots, peux-tu simplement expliquer qui est Matthieu Bé dans le monde réel ? Quand tu quittes le JdR, tu fais quoi ?

Matthieu : Ahah, c’est une très belle introduction. Et je me sens tout petit face à ces attentes et en même temps franchement touché que tu m’aies proposé une interview.

En quelques mots : je suis un papa comblé et amoureux qui essaie de partager le plus possible ma passion pour toute les formes de créativité, pour les jeux et plus particulièrement pour les jeux de rôles. Et aussi une sacrée passion pour les rôlistes.

Dans le monde réel, je suis un passionné d’informatique. J’ai connu plusieurs vies professionnelles. Depuis 12 ans, je suis entrepreneur dans mon métier de cœur, celui de la conception de logiciels. J’ai créé il y a 12 ans une agence web sous la forme d’une SCOP (une société coopérative de production) dont j’ai été le gérant pendant 9 ans. Et depuis 3 ans je suis engagé dans une co-entreprise en tant qu’associé et responsable technique. J’accorde beaucoup de temps et de soin à mon travail. Mon intérêt pour les JDR est pour moi une vraie source d’énergie et d’inspiration.

 

Yaakab : Et donc, si on veut dresser un tableau général de tes activités rôlistes, sans chercher à être exhaustif, tu présenterais ça comment ?

Matthieu : Hé bien… je dirai que je suis aujourd’hui un joueur très casual, occasionnel. C’est un rythme qui me convient bien. Ca me permet de consacrer plus de temps à ma famille et à la pratique du sport – un plaisir nouveau que j’ai découvert avec les périodes prolongées de confinement.

Je joue aux JDR en dilettante. Je suis mes envies du moment et je me joins souvent à des parties auxquelles j’ai été invité par des amis ou des inconnus sur le web. Je peux passer plusieurs mois sans jouer, et au hasard d’une invitation ou d’un jeu que je découvre, je peux me retrouver à jouer 2 à 3 fois dans un court laps de temps.

Je n’ai plus de table régulière depuis des années. Mais ce n’est vraiment pas un problème ni un regret. Il y a 5 ans de cela j’étais un joueur beaucoup plus actif. Il m’arrivait de jouer 2 à 3 fois par semaine sur de longues périodes.

Aujourd’hui je joue principalement sur internet, sauf quand je joue en famille, autour d’une table avec mes enfants. C’est devenu pour moi la manière par défaut de jouer aux JDR. Cela me permet de jouer quand je veux, avec qui je veux. Et c’est surtout une belle manière de rencontrer des joueurs dans le monde entier.

 

Yaakab : Tes enfants sont donc souvent de la partie… tu leur a transmis le virus comment ?

Matthieu : Le papa est comblé ! Mes 2 filles jouent comme tous les enfants de leurs âges indistinctement au playmobils, aux légos, aux jeux de société ou aux jeux de rôle. On joue beaucoup à des jeux dans lesquels les crayons et les dessins sont de la partie. La prochaine étape sera sûrement de jouer à des jeux avec un meneur de jeu, et sans doute de les laisser prendre la main pour mener d’elles-mêmes.

 

Yaakab : Tu concilies vie de famille, boulot et activité rôliste intense… Tu dors parfois ? C’est quoi ton secret si ce n’est pas trop illicite ?

Matthieu : Avec ma vie professionnelle plutôt active, j’ai appris à gérer mes cycles de sommeil et de repos comme des ressources limitées mais capitales 😊. Du coup je gère cela au jour le jour en essayant d’être à l’écoute de besoin de sommeil. Le secret, ça reste la curiosité !

 

 

Yaakab : Quand et comment es-tu tombé dans la marmite du JdR ? Quels souvenirs gardes-tu de tes premières expériences ?

Matthieu : J’ai découvert les JDR pendant mes années lycée. En m’asseyant au fond d’une classe, j’ai sympathisé avec un rôliste qui m’a invité à sa table. Ça a été le début de plusieurs années très riches en créativité : nous jouions des weekends entiers à 3 voir 4 jeux différents : chaque participant ayant à cœur de faire découvrir son jeu chouchou du moment.

C’était aussi pour moi les années de découverte des wargames et des murders partys.

J’en garde d’excellents souvenirs. Je touchais à tout, goûtait à de nombreux nouveaux loisirs et j’écrivais beaucoup. C’était aussi une période où je cherchais encore une manière de jouer qui me corresponde vraiment. C’est venu beaucoup plus tard, avec beaucoup de tests infructueux, de stress quand j’étais meneur de jeu et de carnets noircis de prises de note.

J’ai poursuivi après le lycée à jouer, écrire des jeux, réfléchir à de nouvelles façons de faire évoluer mes expériences. J’ai notamment co-organisé pas mal de petits GN rigolos qui mêlaient des mini-jeux et de l’ambiance. Puis j’ai complètement arrêté de jouer aux JDR pendant plus de 10 ans.

 

Yaakab : Tu es celui qui se cache derrière « C’est pas du JdR ». Explique ce que c’est que cet OVNI : une encyclopédie du JdR indépendant ?

Matthieu : Haha 😀 Non ce n’est pas une encyclopédie, du moins ce n’était pas son objectif du tout. « C’est pas du JDR » est né d’une envie et d’une opportunité. En 2018, je devais déposer le bilan de notre SCOP et je me suis retrouvé soudain avec un peu de temps libre. J’avais depuis un petit moment envie de partager ce que j’avais découvert dans les JDR quand je m’y suis remis vers 2012. J’étais notamment un gros lecteurs et joueurs de ces JDR qui se jouent sans un meneur de jeu unique et fixe. Mais à l’époque, je trouvais peu de contenus en français qui parlaient de ces jeux. Et en même temps, j’avais joué plusieurs années avec un rôliste, Kalysto, qui partageait énormément de nouveaux jeux et expérimentait beaucoup. J’ai donc eu à cette période moi aussi envie de partager des avis, des traductions, etc. dans l’idée que ça intéresserait peut-être d’autres personnes.

J’ai donc lancé ce blog début 2018 en commençant par une sorte de bilan sur ma pratique de l’époque. J’ai également publié deux critiques de jeux peu connus et la traduction en français d’un jeu suédois appelé Dungeons & Bananas.

Le blog a bien plu à mes amis, ils m’ont fait des retours positifs et m’ont encouragé dans ma démarche. Ce qui m’a motivé à poursuivre l’écriture des contenus. C’était facile pour moi car je lisais (et lis toujours) beaucoup de jeux.

« C’est Pas du JDR » a pris une autre ampleur avec la rencontre d’un autre joueur passionné par le partage : Stéphane Rigoni. Stéphane tient à jour depuis des années un tableur partagé dans lequel il liste une quantité impressionnante de JDR et de GN de toutes formes. Il les appelle « les jeux peu ordinaires ». J’ai proposé à Stéphane d’importer les données de son tableur sur les pages de mon blog. C’est vraiment grâce au travail de moine copiste de Stéphane que « C’est Pas du JDR » est devenu une petite encyclopédie des jeux peu ordinaires.

https://www.cestpasdujdr.fr/

 

 

 

Yaakab : Tu as mis en avant certains formats de jeux. Je pense notamment à For The Drama et à l’outil en ligne dédié à ce format. Ça t’est venu comment ce projet ? Et surtout, c’est quoi ce format ?

Matthieu : For the Drama c’est vraiment une belle histoire. De celles qui ont changé ma vie, vraiment. Ça a changé mon rapport aux autres et ma façon dont je m’investie aujourd’hui autour des JDR.

Au départ, il y a un jeu : For the Queen, créé par Alex Roberts. J’entends parler de ce jeu en 2017 sous la forme de retours de conventions aux USA. Ma curiosité est piquée par le format très simple qui suscite autant l’intérêt des rôlistes que des non rôlistes. Le jeu se présente sous la forme de cartes sur lesquelles sont notées toutes les règles du jeu et des questions adressées aux personnages incarnés par les joueurs. On débute une partie sans idée préconçue de l’univers ou des personnages. Et tout se met en place simplement en suivant ce qui est inscrit sur les cartes.

Le jeu finit par trouver un éditeur, Evil Hat et sort en mars 2019 en exclusivité sur la plateforme Roll20. Ni une, ni deux, je me fais ma propre version en français que j’imprime et découpe sous la forme d’un petit paquet de cartes, que je place dans une boîte en bois.

Dans la même semaine, je teste le jeu avec des amis dans un petit restaurant lyonnais. Et on se marre. On sent que le jeu a du potentiel. Et le samedi, je me retrouve invité dans une petite soirée jeux organisée par la médiathèque le Rize à Villeurbanne. Les organisateurs de cette soirée avaient dédié une salle à la découverte des JDR. Dans cette soirée, j’ai proposé plusieurs parties de For the Queen. Avec des enfants, avec des adultes, avec des rôlistes et des non rôlistes. On s’amuse beaucoup, le jeu se révèle tellement accessible que je surprends un jeune garçon en train de faciliter une partie pour des adultes.

De retour chez moi, j’ai le cerveau en ébullition. J’ai envie de montrer ce jeu à mes amis francophones avec qui je joue principalement par internet. Et je dois faire une confession : je sais très mal me servir de Roll20 😊 ! Je me dis qu’avec ce format de jeu de cartes, il devrait être très simple de créer une plateforme pour jouer spécifiquement à For the Queen par internet. J’écris en 3 soirée une première application qui permet de partager à l’écran un même paquet de cartes. Un joueur créée une partie, les autres le rejoignent au moyen d’un code. A parti de là c’est très simple : lorsqu’un joueur tire une nouvelle carte, celle-ci s’affiche automatiquement sur l’écran de chaque joueur.

Je me suis posé très peu de questions pour monter cette première plateforme. Tout était très automatisé. Notamment pour la création du jeu de cartes : j’avais créé un format sur Excel dans lequel j’avais copié/collé ma traduction de For the Queen.

On joue beaucoup. Pendant plusieurs semaines. Et à chaque partie, l’engouement pour ce jeu croît chez mes amis. Beaucoup ont comme moi le sentiment qu’on pourrait à partir de For the Queen décliner le format pour vivre d’autres histoires. Non seulement dans d’autres univers, mais aussi dans d’autres genres, comme la SF, des histoires d’apocalypse zombie, à la Game Of Thrones, etc.

Toutes les personnes enthousiasmées par For the Queen se retrouvent pour jouer sur un petit serveur Discord complètement confidentiel que j’avais créé au départ pour le blog C’est Pas du JDR. Et de fil en aiguille, nous commençons à y partager de nouveaux jeux pour cette plateforme en ligne en les écrivant dans des fichiers Excel que j’importe au fur et à mesure qu’on me les envoie.

Nous sommes en juin 2019. Le jeu For the Queen sort officiellement en anglais en version physique. La plateforme que j’ai créée commence à accueillir de plus en plus de joueurs et de jeux. Par respect pour Alex Roberts et Evil Hat, je supprime For the Queen de la plateforme avant de commencer à l’ouvrir publiquement. C’est Mathieu Leocmach qui va lui trouver un nom : elle s’appellera désormais For the Drama.

Entre avril 2019 et juin 2019, For the Drama est restée plutôt confidentielle. Mais avec son lancement officiel, la plateforme ne va pas tarder à accueillir plus de 100 parties par mois et une dizaine de nouveaux jeux.

En parallèle, le Discord de « C’est Pas Du JDR » accueille de plus en plus de personnes désireuses elles aussi de jouer et de proposer de nouveaux jeux. On se partage nos idées et nos petits trucs et astuces pour écrire des jeux. Et petit à petit, je commence à me dire que ce qui m’importe avant tout ce n’est plus seulement de partager des contenus et de traduire des jeux insolites : je me rends compte que j’ai envie de créer sur ce Discord un endroit où les gens vont se sentir légitime pour écrire des JDR. Et vont y trouver du soutien pour cela.

Depuis, For the Drama et le Discord C’est Pas du JDR se développent sur un même axe : proposer de joueur ensemble, s’entraider à créer des jeux et partager du temps, des compétences, dans un lieu très cadré pour que chacun chacune se sente bien, se sente légitime et s’inspire de la créativité des rôlistes du monde entier.

For the Drama est actuellement dans sa seconde version. Elle est traduite en 4 langues et accueille 160 jeux, dont 70 sont publiés. Il y a depuis un an entre 200 et 300 parties jouées chaque mois. N’importe qui peut y créer librement un compte gratuitement et s’essayer à l’écriture de son jeu dérivé des principes de For The Queen via une interface qui semble pour le moment suffisamment simple et intuitive.

For the Queen a été publié fin 2020 en français sous le nom de Pour la Reine. Son éditeur Bragelonnes Games a autorisé sa publication sur For the Drama : la boucle était bouclée ! 😊

https://www.forthedrama.com/

 

 

Yaakab : J’ai découvert grâce à toi le format pamphlet. Tu as d’ailleurs créé des JdR sur ce format. Qu’est-ce qui fait son intérêt ?

Matthieu : Le format « pamphlet » en anglais, ou brochure 3 volets en français, c’est un format papier dérivé directement des fanzines. Les fanzines, c’est un format de contenus amateurs très utilisés depuis le tout début du JDR dans les années 1970.

Il présente selon moi plusieurs intérêts.

Premièrement, il est court. Il permet de se dire : si je dois écrire un jeu qui tient sur une feuille A4 recto verso pliée en 3, ça n’est pas la mer à boire ! Cela permet aussi de dire : oui, si vous avez une envie et une idée de jeu, de scénario, de supplément, vous pouvez le faire rapidement sans vous lancer dans l’écriture de 50, 100 ou 300 pages de texte.

Ensuite c’est un format qui se lit vite et qui est facile à imprimer chez soi ou sur son lieu de travail. Pas besoin d’agrafe, d’une reliure, d’un massicot. Il est facile à distribuer, facile à remettre aux joueurs par exemple après une première partie de découverte des JDR.

Enfin c’est une excellente contrainte créative : contrairement à une feuille A4 recto verso, le fait de plier en 3 crée 6 volets qui sont autant de pages. Certes vous avez peu de place pour vous étaler. Mais cela crée une structure. Pour des gens qui comme moi n’ont aucune compétence de mise en page, c’est un vrai plus. Cerise sur le gâteau : aujourd’hui il est très simple d’écrire une brochure à parti de n’importe quel traitement de texte.

 

 

Yaakab : Tu fais comment pour toujours dénicher avant tout le monde des jeux et concepts innovants ?

Matthieu : Haha ! Je vais te révéler le secret : je lis beaucoup et j’échange beaucoup avec des internautes du monde entier. Les réseaux sociaux mettent à notre portée des rôlistes de tous les continents. Et tous, sans exception, sont très enclins à la discussion et au partage. Pendant longtemps ma principale source c’était tout simplement des blogs et le réseau social Google Plus. Puis depuis 2019, j’ai découvert le site itch.io.

Itch.io est à la base un site dédié au partage de jeux vidéos, livres et BD indépendantes. Créés aussi bien par des professionnels que par des amateurs. Vers 2017, des JDR ont commencé à y être publié. Des centaines, des milliers de jeux à portée de main.

Je scrute plusieurs fois par semaine la section Physical Games d’itch.io, et j’essaie de lire 3 ou 4 nouveaux jeux par semaine.

Avec le développement de la communauté de « C’est Pas du JDR » sur Discord, ma veille s’est trouvée grandement simplifiée par les nombreux passionné(e)s qui m’y ont rejoint. Nous partageons un même goût de la découverte et de l’expérimentation. D’autres rôlistes y présentent leurs découvertes, leurs comptes rendus de lecture et de parties.

https://itch.io/physical-games

 

Yaakab : Ton Discord fourmille d’infos, discussions, idées, projets, etc. Comment peut-on le décrire et l’expliquer à celles et ceux qui voudraient aller y jeter un œil sans s’égarer dans le nombre impressionnant de sujets qui le composent ?

Matthieu : Pas de mystère : la clef reste le contact humain et la discussion. Je réponds toujours aux sollicitations et aux questions qui m’y sont posées. En 2018, ce Discord comptait 5 membres actifs et peut être 4 salons. Mais au fur et à mesure que nous y lancions des projets de traductions en amateurs ou de créations, le nombre de salons a augmenté.

Ça peut être très clairement intimidant. Mais pourtant le cœur du Discord reste le même : quelques centaines de curieuses et de curieux désireux de profiter d’une ambiance accueillante et respectueuse.

https://discord.com/invite/9GGtpzr

 

Yaakab : OK, donc tu n’es pas vraiment seul pour produire autant : CPDJDR, est devenu une véritable communauté. Comment décrirais-tu cette communauté ?

Matthieu : A oui clairement ! D’ailleurs si je suis à l’origine de l’écriture du code source du blog et de For the Drama, les deux supports sont devenus des projets communautaires.

La communauté repose sur quelques principes simples : le respect, l’entraide et la gentillesse.

C’est parce que ces 3 principes tout simples ont plu que la communauté a continué de se développer.

Aujourd’hui nous sommes 3 à administrer le Discord. Il y a une charte, très précise. Nous veillons à ce que chacune et chacun puisse y trouver son compte en s’y sentant bien.

Une personne vient proposer un projet, une idée, qu’elle souhaite développer et pour lequel elle a besoin d’aide ou de participants, nous lui ouvrons un nouveau salon.

C’est aussi un espace dédié à l’organisation de Jams.

 

Yaakab : CPDJDR organise des JAM… C’est quoi une JAM et d’où sortent des idées de thème genre « Donjons et Cacanalisations »…?

Matthieu : Une Jam, c’est tout simplement un moment de création en commun autour d’un thème sur un temps limité, en général un mois. Il n’y a ni gagnant, ni jury. Juste le plaisir de créer seul ou en petit groupe, d’échanger ses idées et de montrer ses créations.

Les Jams sont organisées par la communauté du Discord C’est Pas du JDR. C’est un concept directement dérivé du monde du jeu vidéo et du jeu de société. C’est à la base un concours de création dans un temps limité, avec un jury et un podium. Mais nous avons choisi de proposer une forme plus libre : plus de temps pour participer, pas de jury, pas de classement.

Les thèmes… ils surviennent au détour d’une conversation. D’une idée saugrenue ou d’une blague. Souvent d’une envie forte portée par une personne, comme pour la Jam Chevaliers du Zodiaques.

Au terme d’une Jam, on a le plaisir de pouvoir partager et parler de sa contribution. De lire celles des autres et d’y jouer.

C’est au final très simple, très spontané. En tout cas c’est un concept que j’aime beaucoup.

https://itch.io/jam

 

 

Yaakab : Communauté toujours, quand on va un peu voir du côté de l’Auberge Virtuelle,  des Courants Alternatifs,  de Trop Long/ Pas lu, CPDJDR… Certains noms sont récurrents, et il y a un petit côté « famille ». Qu’est-ce qui, selon toi, fait la beauté et la richesse de cette famille ?

Matthieu : Je pense que ça repose sur des concepts très faciles à énoncer mais qui demande du temps et de l’investissement personnel pour les faire vivre : du respect, de la curiosité et du partage.

Toutes ces communautés permettent à de nombreux rôlistes de découvrir, d’essayer de nouveaux jeux. Avec une richesse qui tient à la diversité des personnes qui participent.

 

Yaakab : Tu as fait partie du staff des 2 Cyberconv’. Tu avais entre autre la mission de gérer le bundle solidaire qui a très bien marché il me semble. Comment t’es tu retrouvé embarqué là dedans ? Tu en retiens quoi ?

Matthieu : Alala, oui la CyberConv ! Une sacrée aventure 😊 ! Tout est partie de l’envie de proposer un lieu pour se retrouver alors que toutes les conventions JDR de 2020 se voyaient contraintes d’annuler à cause de la pandémie. Une poignée de fous a cru pouvoir le faire, et l’engouement de tous a permis que cela devienne une réalité. Ça a été de sacrés bon moments.

Pour la première CyberConv, je me suis occupé que de l’organisation d’une Jam. Lors de la deuxième CyberConv, j’ai pris un peu plus de responsabilité et je me suis notamment occupé du site internet.

Dès la première CyberConv, un ami, Pierre, était venu nous proposer de faire une action caritative autour des JDR. C’est ainsi qu’est né le premier Bundle Solidaire qui a réunit un peu plus de 3.000€ en avril 2020 : des auteurs ont proposé leurs jeux, et contre une somme de 20€ versée au Secours Populaire tout donateur repartait avec ces jeux au format électronique.

Pour la seconde édition de la convention en ligne, j’avais à cœur de renouveler cette action caritative. En septembre 2020, j’ai donc préparé un petit listing des personnes susceptibles d’être intéressées et je les ai contactées une à une. Au départ ce second Bundle Solidaire regroupait 10 jeux. Puis 20, 30, 60… et le bouche à oreille, les réseaux sociaux et le soutient de nombreux auteurs, éditeurs et rôlistes a permis de regrouper 150 jeux de rôle. C’était fou !

Pendant les 3 jours de la CyberConv, toute l’équipe a joué le jeu en relayant en live les informations sur cette opération caritative. Au final, nous avons recueilli 23.000€ versés directement à Handicap International, Médecins sans Frontière et la fondation le Refuge.

Il y a eu 1.100 donateurs. Cela m’a laissé sur les rotules car j’ai tout géré « à la mano » 😊. Mais ça en valait vraiment le coup. L’expérience a montré qu’en réunissant des jeux aussi divers que de grosses gammes, des jeux plus confidentiels et des jeux amateurs, on pouvait porter un beau projet caritatif et récolter des dons à un niveau auquel je n’aurai jamais pu rêver. Pour tout te dire, au début je comptais juste réitérer les 3.000€ de dons de la première CyberConv.

https://cyberconv.com/

Yaakab : J’ai envie de m’adresser à l’auteur : quelles sont tes créations dont tu es le plus fier et pourquoi ? Quels sont les projets dans les tuyaux ?

Matthieu : Je vais peut être te surprendre : je suis fier de chacune de mes créations 😊. Je suis un auteur amateur. Je publie toujours mes jeux gratuitement car pour moi le plus important c’est qu’ils soient lus et joués.

J’ai publié un peu moins d’une dizaine de jeux. Et sans doute une dizaine de traductions. Alors ça va être simple d’en faire le tour ! J’aime particulièrement Les Contes de Morte Plaine que j’ai écrit dans le cadre d’une Jam à destination des clubs JDR pour des collégiens. Le jeu se présente sous la forme de trois brochures : une à destination du meneur de jeu, une pour les joueurs et une petite aventure. Il a été téléchargé plus de 1.400 fois. Alors ça me fait très plaisir de me dire qu’il a pu être joué.

J’ai aussi écrit 2 jeux sur For the Drama : « Cet instant Précis » et « Pour mes compagnons ». J’ai pu pour chacun de ses jeux bénéficier de retours de la part des personnes qui y ont joué. Et ça aussi, c’est un vrai plaisir de pouvoir revenir sur le texte d’un jeu pour l’affiner, prendre en compte les critiques positives comme négatives.

https://matthieu-be.itch.io/les-contes-de-morte-plaine

 

Yaakab : Défi ultime : 5 recommandations et pas une de plus. Ce peut être ce que tu veux : jeu, auteur, concept, site, … peu importe, mais tu as droit à 5 noms.

Matthieu : Alala c’est duuuur 😊 !

Aller, sans plus d’explications mais vraiment ça me tient à cœur. Voilà 5 noms :

Jamila R. Nedjadi

https://temporalhiccup.itch.io/

Evlyn Moreau

https://www.instagram.com/evlynmoreau/?hl=fr

Melville

https://melville.itch.io/

Angela Quidam

https://angela-quidam.itch.io/

Alex Roberts

https://www.helloalexroberts.com/

Allez voir qui sont ces belles personnes, découvrez ce qu’elles font, ce qu’elles partagent et ce qu’elles disent.

 

Yaakab : Page blanche… Tu y écrirais quoi pour la postérité du JdR ?

Matthieu : J’écrirais … que le jeu de rôle est un loisir formidable à la portée de tout le monde. Tout le monde devrait pouvoir s’autoriser à jouer au jeu de rôle et de créer des jeux de rôles pour s’amuser. Ce loisir est une porte extraordinaire vers de bons moments de rigolade, d’émerveillement et de réflexion.

On en a tous besoin de pouvoir vivre dans nos fictions préférées, de parcourir des univers imaginaires en se prenant pour quelqu’un d’autre.

J’ajouterais que les rôlistes sont des personnes formidables. On est déjà rôliste quand enfant on joue à faire semblant. Le jeu de rôle, ça peut être aussi simple qu’un jeu d’enfant. Ou aussi riche qu’apprendre à jouer à un jeu qui tient sur plusieurs livres de centaines de pages richement illustrées. Ou aussi intime et personnel que de jouer seul, chez soi.

L’important c’est de (re)découvrir qu’on a le droit de revenir à ce plaisir simple que connaissent les enfants qui jouent tous les jours à faire semblant d’être un personnage imaginaire.

 

Yaakab : Merci Matthieu

Matthieu : Merci à toi

 

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