Entretien avec Orion

Il y a des interviews, des rencontres qui nous marquent plus que d’autres. Non pas que les autres soient sans intérêt. Simplement, lorsqu’on découvre une personne qui nous inspire et nous emportent jusqu’au bout de la nuit, c’est peut-être un signe.

Un mercredi soir, après un problème technique qui m’a mis dans un état de stress intense, j’ai réussi à rétablir le contact avec Orion. Une belle entrée en matière qui annonçait une soirée quelque peu épique. Vous brûlez d’impatience de savoir ce qui se cache derrière cette longue introduction. Et bien avant de poursuivre. Pour celles et ceux qui ne le connaitrait pas encore, n’hésitez à aller regarder le travail d’Orion sur ses différentes plateformes.

https://linktr.ee/OrionRPG

J’aime beaucoup me faire surprendre, sauf par Nyarlathotep, et je n’ai pas été déçu. Après les présentations, j’ai mis les pieds dans le plat pour connaître le point de vue de ce rôlistes niveau 31, sur ce que lui apporte la place de Maître.sse du jeu. C’est dès cette question que j’ai su que l’interview allait tourner en ce quelque chose de particulier.

« Beaucoup de plaisir » et un plaisir multiplié par trois.

« Premier plaisir, celui de l’imagination »

 

Un jeu de rôle permet de « se projeter ». Prenons un exemple. Vous découvrez l’Appel de Cthulhu au hasard. Vous vous immergez dans les tentacules abyssaux. Vous sentez l’air marin légèrement poisseux, vous entendez des grignotements dans les murs et vous la voyez, elle si squelettique, elle si non ; vous n’y arrivez pas, c’est au-dessus de vos forces. Cette scène, vous l’imaginez, vous voulez la mettre à disposition de vos joueur.se.s et voir comment iels l’affronteront. Quel choix va les guider vers une autre scène ?

« Tu te prends pour un réalisateur avec des effets spéciaux, avec des héros au milieu qui sauvent le monde ou qui essayent de survivre. Le pouvoir de l’imagination mais en anticipation »

« Deuxième plaisir, la mise en scène »

 

Lorsque vous préparez une scène, un scénario. Vous préparez l’aventure que vous allez vivre avec les joueur.se.s. Vous ne pourrez pas vous empêcher d’essayer de les surprendre. Proposez plusieurs chemins possibles. Est-ce que Marin et Dori (Film Nemo) doivent passer en haut du canyon si bleu et profond ? Ou bien nager en dessous dans l’obscurité et les méandres rocheux qui cacherait une menace potentielle ? Je ne spoile pas mais ce choix peut dans les deux cas surprendre les protagonistes. Rapporter ce genre de scène dans un jeu de rôle permet de vivre et d’observer les réactions des joueur.se.s.

Toutes les réactions sont importantes pour un.e MJ comme Orion. C’est pour cela que dans les parties sur un support virtuel, il demande la caméra. Cela permet de voir les émotions qu’elles soient positives ou non. Des informations qui lui permettent de s’adapter à toutes les personnes. 

« J’ai vraiment besoin de voir, autour de moi ce que procure le jeu sur les joueurs »

« Le troisième plaisir c’est d’être surpris. C’est de voir où les joueurs vont t’amener »

 

La magie des joueur.se.s réside dans leur interprétation du scénario qui leur est proposé. Le.a MJ aura cravaché pour imaginer tous les choix possibles. Les PJ choisiront toujours un autre chemin tôt ou tard. Cet imprévu permet de rappeler que c’est un jeu collectif. MJ et PJ œuvrent ensemble pour écrire une histoire. Cette histoire dépend également des prises d’initiatives surprenantes et heureusement.

« Parfois tu mets des gros panneaux attention et ils foncent quand même. »

L’histoire est bien plus savoureuse lorsque tout n’est pas écrit à l’avance. Vous imaginez Frodon enfourcher un aigle et balancer l’anneau OKLM dans la montagne du destin. Ce serait une action intelligente mais qui enlève toute la saveur de l’aventure.

 « Tu es surpris quand les joueurs ont décidé que leurs personnages qui sont au centre de l’histoire (dans les jeux traditionnels) de voir comment ils vont prendre l’histoire et en faire quelque chose d’intéressant. »

Comme je vous le disais plus haut, l’interview a été longue et pleine d’informations. Je ne peux malheureusement pas toutes les mettre sinon j’écrirai 15 pages. En revanche je me permets de mettre en lumière des mots, des notions clefs ainsi que différents rôles qui définissent Orion. Nous avons vu le « plaisir ». Voyageons vers son activité sur internet.

Orion a  plus d’une corde à son arc 2.0 (un d20 de dégâts en cas de succès).

Orion le Blogger

Orion est très actif sur internet et sur différentes plateformes. Il a notamment un blog dans lequel il écrit des articles pour promouvoir des coups de cœurs. Mais les articles qui m’ont le plus touché sont ses conseils pour MJ ou PJ. Ses années d’expériences lui ont permis d’essuyer quelques plâtres. Il souhaite à son tour partager à des rôlistes, débutant.e.s ou non des thèmes comme la mise en lumière. Le fond comme la forme sont au rendez-vous. Les articles se lisent aussi bien qu’Harry Potter et les articles donnent à la fois des conseils mais également invitent les lecteur.trice.s à se poser des questions.

« C’est avant tout filer les conseils que j’aurai bien aimé avoir en 5ème quand j’ai commencé »

Orion note aussi que les conseils aux MJ commencent à être de plus en plus présents dans les jeux de rôles d’aujourd’hui. Ce qui est pour lui une bonne chose. Mais il constate aussi que les conseils aux joueur.se.s sont encore rares. Le partage des connaissances, des pratiques de rôlistes, pour lui, sont primordiales.

« Il y a quelques bouquins sur les aides au MJ. Mais surtout ça ne dédramatise pas. Celui qui doit préparer la partie, organiser la partie, qui prépare les persos en avant, qui ensuite organise le temps de parole, le décor, les PNJ. C’est beaucoup en fait. Tu te dis : je n’y arriverai jamais. Et quand tu commences, tu ne peux pas arriver à maîtriser tous ces domaines. Et c’est normal. (…) Même avec beaucoup d’expériences on a des ratés et on fait aussi des découvertes. »

Ce blog est accessible ici : http://orionjdr.fr/ N’hésitez pas à aller le regarder et à commenter en Message Privé ou sur son discord.

Orion alimente également deux sites qui relatent deux campagnes sur plusieurs systèmes de jeux. Vous pouvez suivre l’évolution de l’aventure en découvrant les personnages, les personnages rencontrés, l’univers et le déroulement de l’histoire. Là aussi n’hésitez pas à y faire un tour et laisser un petit commentaire ou 102 au choix.

https://lesangversedoccitanie.obsidianportal.com/

https://lesfragmentsduvide.obsidianportal.com/

 

Orion le Scénariste.

 

En plus d’être MJ, Orion est un scénariste. Il scénarise ses campagnes bien sures. Mais il a aussi écrit des scénarios pour des jeux de rôle tel que le jeu noir et passionnant NOC (éditions Sethmes https://sethmes-editions.com/noc/).

Cela va vous permettre de voir comment en tant que scénariste, il s’imprègne de l’univers et de l’atmosphère d’un jeu. Il en dégage une aventure qui permet de découvrir les thèmes de ce jeu. Je ne prends que l’exemple de NOC car c’est aussi une manière de promouvoir un jeu de rôle cauchemardesque réussi (dont j’espère vous faire un article dans les mois qui viennent). Pour eux, Orion est en train de rédiger une campagne, qui se découpe en trois scénarios, appelée : Les Lueurs Obsidionales (https://sethmes-editions.com/2021/04/14/les-lueurs-obsidionales/)

« Je me suis dit qu’est-ce qu’on pourrait vivre d’intéressant. Le but c’est de donner le cœur du jeu. (…) Quand j’ai écrit, je me suis inspiré de la campagne en trois scénars. (…) Ils sont jouables indépendamment. (…) C’est sorti en PDF et dans un mois ça sort en format physique. (…) J’ai demandé à Michael (le créateur de NOC) qu’elles sont les limites comme c’est un jeu très sombre. Il m’a répondu « Pourquoi tu veux qu’il y est des limites ? » No limit dans le respect de certaines choses, est un jeu qui nous plonge dans un état totalitaire où les joueurs vont apporter la lumière. Il y a un vrai sujet social. Regarder comment les joueurs peuvent se sortir de cette ambiance. Ce n’est pas un jeu pour toutes les tables parce qu’il a un sujet qui est sombre.  Non pas pour sa mécanique qui est très simple, pour laisser plus de place à l’interprétation.  Le sujet est un monde dur comme en Allemagne de l’Est par exemple. (…) Derrière tu as tout un aspect mystique avec l’objet dieux qui est sensé nous protéger. La campagne que j’écris amène les PJ à passer d’une totale ignorance jusqu’à la totale compréhension. »

 Quand je lui ai demandé comment il organisait son travail de scénariste. Il me répond qu’il commence par la mise en scène.

« Qu’est que les personnages savent ? Et quel est le but à la fin. Par quelles émotions ils doivent passer. Quels thèmes ils vont aborder. Moi je propose une façon de le vivre. Et potentiellement un MJ peut dire cette scène écrite je la vois plus comme ça. Le tout c’est qu’il sache pourquoi tu l’emmène vers cette direction. C’est pour ça que je commence toujours par une note d’intention. Pour dire il va y avoir ces sujets, ces actions dans cette histoire. (…) Ça lui donne des pistes d’orientation.»

Une fois avoir esquissé son travail de scénariste, je lui ai posé quelques questions, dont certaines font déjà débat.

 

Que penser de l’inclusivité de plus en plus présente dans les jeux de rôles ?

 

Orion est favorable à l’inclusivité. Il m’a même fait part que dans les années 90, un livre américain parlait de LA MJ tout du long. La pratique des femmes notamment casse les clichés d’un secteur à l’origine réservé au masculin.

« Je suis pour un guide de la meneuse. (…) »

 La remise en question des stéréotypes œuvre, selon lui, à favoriser l’inclusivité.

« Les riches ne gagnent pas toujours à la fin. Les pauvres ne sont pas toujours écrasés. Il ne faut pas que l’inclusivité ne soit que sexuelle. Il faut que toutes les identités puissent s’y retrouver »

Enfin il parle aussi d’une inclusivité sociale. Il a écrit un article « Le jeu de rôle est il un sport de riche ? ». L’argent qui est investi particulièrement par les MJ peut devenir assez conséquent. Si en plus on a la collectionnite, vous ne répondez plus de rien. Orion fait remarque qu’il y a déjà le livre des règles. Mais à cela il faut rajouter des accessoires, des logiciels pour faire des cartes etc. C’est pourquoi il propose des outils pour arriver à faire du jeu de rôle sans claquer son PEL. La mise en place de jeu de rôle gratuit via internet (Comme le guide d’initiation de NOC disponible ici https://sethmes-editions.com/noc/ ), de pdf ou bien les boîtes d’initiations peuvent permettre aux rôlistes, de d’abord découvrir un jeu de rôle à peu de frais.

 

Que penser des actual play ?

 

Dans l’air du numérique, la consommation d’internet est pour Orion  une bonne façon de découvrir le JDR. Il en écoute beaucoup, notamment dans la voiture mais, n’en regarde pas car il n’a pas ce temps. Pour autant il ne minimise pas les mises en scène, les montages et le visuel des actual play qui peuvent convenir à un public. Particulièrement pour les nouveaux.elle.s joueur.se.s qui peuvent tomber par hasard sur un actual play et être sensibilisé.e.s au jeu de rôle.

« On est sur une période très accessible. C’est le moment où il faut dire lancez-vous. Ce n’est pas dur. (…) Personne ne vous dit comment jouer. Sauf dans les actual play. (…) ça t’apprend comment gérer le temps de paroles, comment fonctionne les dés etc. »

 

Que penser des outils pour ne pas faire vivre un cauchemar aux joueur.se.s ?

 

Nous l’avons vu sur NOC, c’est un jeu qui traite de sujets durs, sombres, perturbants. Ce jeu comme tant d’autres comme Kult, l’appel de Cthulhu, Vampire la Mascarade, vont aborder des thèmes qui peuvent être très difficiles voire rédhibitoires pour un.e joueur.se. Plusieurs outils sont proposés pour prévenir de ces éventuels malaises.

Orion essaye d’anticiper en amont de la partie et rectifie après celle-ci. Il trouve en revanche que la X card peut être source d’une double pression. Déjà de publiquement trouver la force d’annoncer votre inconfort. S’ajoute à cela l’exposition de problèmes qui ne font pas partie du jeu. C’est mettre le.a joueur.se. dans une situation délicate.

Du coup Orion préfère envoyer un questionnaire aux joueur.se.s sur plein de thèmes difficiles (mort d’enfant, torture etc) avec trois réponses possibles (pas de problème, ne pas s’éterniser, NON). Ces questionnaires ne seront pas connus des autres joueur.se.s. Cela permet au/à la MJ d’adapter son scénario. Ensuite durant la partie le.a MJ et ou les autres joueurs vont voir que des scènes, des thèmes vont déranger certaines personnes. Après la session une discussion avec le.a joueur.se en question permet aussi une adaptation pour le prochain rendez vous.

Orion ne prétend pas avoir le système parfait, car tous les systèmes ont leurs avantages et leurs inconvénients. En revanche la gestion de l’horreur n’est pas pour lui remise en question.

Conclusion

Enfin vous l’aurez compris ce qui défini le plus Orion c’est le mot de Partage.

Pour lui le jeu de rôle doit être un partage permanent. Un partage d’idées, d’histoires, de pratiques, d’émotions, de plaisirs. C’est ce partage collectif qui permet de voir cette activité sans cesse évoluer.

Ce propos me permet de faire une super transition vers ma conclusion.

J’ai demandé à Orion comment on pouvait le rendre Riche et célèbre ?  Il m’a répondu : « Ceci n’est pas important ».

En revanche encourager ses contributions dans le monde du jeu de rôle… Il n’est pas contre. Le soutien de ses activités avec l’envoi de commentaires (même négatifs mais bon ça va être difficile pour vous), le partage de ses productions en ligne, les petits likes sur les réseaux sociaux contribuent énormément à préserver l’énergie qu’il déploie pour ce loisir. Ça ne coûte pas grand chose si ce n’est un peu de temps.

Je remets le lien pour découvrir Orion ici : https://linktr.ee/OrionRPG .

Ainsi que l’interview dans son intégralité en dessous.

 

 

Quand à moi je remercie encore une fois Orion pour cette soirée mémorable. Et quand à vous chèr.e.s lecteur.rice.s je vous salue champiteusement.

 

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