Depuis près de quatre mois, D1000 et D100 n’a rien publié. Pas d’article, pas de retour de convention, pas de réflexion rôliste. Et personne n’a rien vu.
Quatre mois de silence dans un milieu où les annonces, les financements participatifs et les sorties de jeux se succèdent à un rythme effréné. Cela paraît long… et pourtant cela passe très vite.
À force, certains ont peut-être cru que le site avait disparu. Et à vrai dire, c’est un scénario qui pourrait bien un jour arriver pour nous, comme c’est déjà le cas pour de nombreux sites, magazines et autres influenceurs qui parlent de jeu de rôle.
Ces quatre mois de silence nous ont surtout forcés à regarder une réalité que beaucoup de sites rôlistes connaissent : sans nouvelles voix, sans soutien et sans échanges avec leurs lecteurs, ces espaces finissent par disparaître.
Et cette situation ne concerne pas seulement D1000 & D100
Vieillir dans le jeu de rôle
Les années passent et n’épargnent personne. Je fais partie de ces rôlistes qui ont moins de quinze ans dans les pattes, mais les pointures qu’on a connues hier sont devenues les dinosaures ou les vieux meubles d’aujourd’hui.
Le monde du jeu de rôle a lui aussi évolué. Il s’est fragmenté en différentes sphères : actual plays, réseaux sociaux, serveurs Discord, blogs spécialisés, financements participatifs… Chaque évolution apporte son lot de bonnes surprises, mais aussi quelques déséquilibres.
J’ai failli à plusieurs reprises raccrocher pour D1000 et D100. Mais je n’ai jamais vraiment pu m’y résoudre.
Je suis extrêmement fière des différents articles écrits avec soin par nos auteurs, des ponts que nous avons pu construire et de ceux qui ont inspiré d’autres personnes à se lancer dans le jeu de rôle : pour aider, pour transmettre, ou simplement pour proposer un nouveau loisir à des jeunes.
Le site s’est notamment fait connaître avec ma série d’articles publiée tout au long du mois de février 2018, puis avec les articles de JDRPsychiatrie. Mais c’est aussi grâce à ces premiers pas que d’autres ont osé prendre la plume, parfois pour un seul article, parfois pour plusieurs.
Nous fêterons bientôt nos neuf ans.
Depuis bientôt neuf ans, D1000 & D100 a publié plus de 300 articles consacrés au jeu de rôle : pédagogie, outils de meneur, retours d’expérience, interviews, initiatives communautaires…
Ce travail n’a jamais eu vocation à suivre l’actualité à tout prix, mais à documenter différentes manières de pratiquer le jeu de rôle.
En moyenne, nous avons publié une quarantaine d’articles par an. C’est peu comparé à certains sites, mais tous nos articles ne sont pas aussi courts qu’un tweet. Nous avons toujours préféré la qualité à la quantité, même s’il serait parfois agréable d’avoir plus de voix.
Alors oui, un jour, il n’est pas impossible que nous disparaissions.
Sans annonce.
Sans laisser de traces.
Pour beaucoup d’entre vous, ce ne serait peut-être pas une grande perte. Pour d’autres, je sais que ce serait plus difficile — surtout si nous partions sans rien dire.
Le travail invisible derrière un site rôliste
Parce que derrière un site rôliste, il y a beaucoup d’efforts qui restent invisibles :
- Les personnes qui écrivent sur leur temps libre.
- La relecture des textes.
- La mise en page.
- La création de liens.
- La maintenance du site web.
- La gestion du référencement.
- Les mises à jour techniques
- et bien d’autres encore
Sans compter les efforts de communication pour que le plus grand nombre puisse accéder à un article plein de ressources.
Tout cela se fait entre des obligations personnelles et professionnelles. Et pourtant, ces personnes continuent de nourrir une passion.
Le site a évolué. Nous avons accueilli de nouveaux rédacteurs. Nous nous sommes cherchés, et nous continuons encore aujourd’hui à le faire.
Mais certains auteurs sont partis vers d’autres projets, d’autres n’ont plus le temps ou les idées. Quant aux personnes qui auraient de bonnes choses à dire, il est souvent difficile de les convaincre de franchir le pas et de venir apporter leur pierre à l’édifice.
L’illusion d’abondance
Ces derniers mois, nous recevons aussi de plus en plus de messages nous demandant de relayer tel ou tel jeu, tel financement participatif, telle sortie.
Beaucoup sont envoyés avec enthousiasme et bonne volonté. Mais ils reposent souvent sur la même attente implicite : celle que les sites rôlistes servent de relais promotionnels pour vendre son jeu de rôle.
Or D1000 & D100 n’a jamais été conçu comme une agence de communication.
Depuis le début, ce site parle surtout de projets, de manières de jouer, d’expériences de table, d’outils et de réflexions sur le jeu de rôle. Si nous parlons d’un jeu, c’est parce que son approche nous intrigue ou nous enthousiasme — pas parce qu’il faut suivre le rythme des sorties.
Bien sûr, nous avons parfois réalisé des interviews ou des recensions. Mais nous ne sommes pas une machine à promouvoir des jeux de rôle à la chaîne.
Cette attente, de plus en plus présente dans le quotidien de nombreux sites rôlistes, est compréhensible. Mais elle devient aussi de plus en plus lourde, surtout quand d’autres espaces sont bien mieux armés pour parler d’actualité ou de produits.
D1000 et D100 reste avant tout un site où l’on échange, où l’on partage et où l’on découvre ensemble ce qui fait la richesse de notre passion commune.
La mémoire fragile du jeu de rôle
Le jeu de rôle donne souvent l’impression d’un loisir débordant de vitalité. Les jeux se multiplient, les financements participatifs s’enchaînent, les actual plays attirent de nouveaux publics et les annonces circulent à toute vitesse sur les réseaux sociaux.
Pourtant, derrière cette impression d’abondance, une autre réalité existe : celle de la mémoire du jeu de rôle.
Car si créer un jeu, enregistrer une partie ou publier une annonce est devenu plus simple que jamais, conserver, documenter et transmettre cette mémoire reste un travail lent et fragile.
Quelques sites continuent de le faire avec une constance admirable :
Ces projets représentent des ressources précieuses pour la communauté.
Mais ils ont tous un point commun : ils reposent sur quelques passionnés seulement.
Et parfois, il suffit d’un manque de temps, d’un problème d’hébergement ou d’une lassitude pour que des années de travail disparaissent.
C’est par exemple ce qui est arrivé au site Le Thiase, qui avait réalisé plusieurs grandes enquêtes sur les pratiques rôlistes et recensé de nombreuses associations avant de disparaître de la toile. Les résultats sont maintenant disponibles sur le site de la FFJDR.
Pendant longtemps, j’ai maintenu un annuaire de blogs parlant de jeu de rôle. Une petite cartographie de cette constellation de passionnés qui écrivent, documentent et partagent leurs expériences.
Aujourd’hui, beaucoup de ces sites ont disparu.
Sans annonce.
Sans archive.
Sans que personne ne s’en rende vraiment compte.
Faire vivre ces espaces
Soutenir ces projets ne demande pas forcément des heures de travail.
Parfois, de très petites actions suffisent :
-
partager un article
-
laisser un commentaire
-
signaler une ressource
-
envoyer un scénario
-
écrire un retour de partie
-
ou simplement faire connaître un site qui vous a été utile.
Ces gestes peuvent sembler anodins, mais ils comptent énormément pour les personnes qui maintiennent ces espaces sur leur temps libre.
Et si certains sites disparaissent
Si vous tenez un site rôliste et que vous envisagez de l’arrêter — par manque de temps, de moyens ou simplement parce qu’un chapitre se termine — n’hésitez pas à nous contacter.
Si certains de vos articles correspondent à l’esprit de D1000 & D100, nous serions heureux de pouvoir en republier quelques-uns ici, en mentionnant bien sûr leur auteur, leur site d’origine et leur date de publication.
Nous ne pourrons pas tout récupérer, mais si nous pouvons éviter que des textes, des réflexions ou des ressources utiles disparaissent complètement du web, nous ferons au mieux.
Et D1000 & D100 dans tout ça ?
Si D1000 & D100 existe encore aujourd’hui, c’est parce que je crois que ces espaces de réflexion et de partage ont encore une place dans la communauté rôliste.
Ces quatre mois sans publication m’ont aussi beaucoup fait réfléchir à l’avenir du site.
Les idées ne manquent pas, et même si tout n’est pas encore gravé dans le marbre, j’essaie d’avancer pas à pas pour consolider ce qui existe déjà et imaginer ce que D1000 & D100 pourrait devenir demain.
Le site a déjà évolué plusieurs fois depuis sa création, et il continuera sans doute à le faire. J’ai aujourd’hui une vision plus claire de certaines directions possibles, mais rien n’est encore totalement fixé. Comme souvent avec les projets bénévoles, les choses se construisent progressivement, au fil des rencontres, des envies et des personnes qui choisissent de s’y investir.
J’aimerais voir apparaître de nouvelles voix sur des sujets encore peu ou pas assez explorés :
-
le jeu de rôle à l’école
-
le jeu de rôle en psychothérapie
-
les logiciels et outils pour les meneurs
-
les astuces de maîtrise
-
les retours de parties
-
les conventions à découvrir
Et il est encore possible de reprendre ou imaginer d’autres formats :
-
une question rôliste hebdomadaire comme je faisais sur la page d’Opale RÖliste
-
des rubriques plus courtes autour des problèmes de meneurs
-
des retours d’expérience sur des jeux
-
ou même des bandes dessinées humoristiques proposées par des illustrateurs rôlistes.
Les idées sont nombreuses, mais il faut aller à son rythme. Et les personnes pour les porter le sont beaucoup moins. De notre côté, on recherche toujours de nouveaux auteurs.
Et sans retours concrets sur les articles qui vous ont plu, sur ceux qui vous ont été utiles ou sur les sujets que vous aimeriez voir abordés, il devient difficile de savoir dans quelle direction continuer.
Conclusion
D1000 & D100 a failli disparaître.
Et comme beaucoup de projets et sites webs bénévoles sur Internet, il pourrait disparaître un jour sans faire beaucoup de bruit.
Mais si vous lisez ces lignes aujourd’hui, c’est peut-être aussi parce que ces espaces d’écriture, de réflexion et de mémoire ont encore une utilité.
Et qu’ils ne tiennent finalement qu’à une chose :
les personnes qui prennent le temps de les lire, de les partager…
et parfois d’y contribuer.





Merci pour cet article. 4 mois de silence , je l’ai remarqué, au moins ce n’est pas lié à un quelconque problème. Voilà à quoi cela me fait penser. Cela reflète bien la réalité de la profusion de lieux d’échanges/d’infos, ce qui est très bien car chaque personne peut trouver un lieu qui lui correspond mais qui aussi enferme dans une bulle. C’est vrai que l’ont voit plus facile dans les sites: les actualités sur les financements participatifs et les actual plays. On peut se trouver noyé.e .
Merci d’apporter votre fraîcheur avec des sujets que l’on ne trouve pas ailleurs !