Mots-valises et écriture inclusive en JdR

De plus en plus de termes inspirés des procédés littéraires du mot-valise et de l’amalgame lexical voient récemment le jour dans les démarches d’écriture inclusive. Nous allons voir ci-dessous leurs origines avec leur fonctionnement, leur intérêt et leur utilisation.

Qu’est-ce qu’un mot-valise et comment il se construit ?

Le mot-valise consiste à combiner les phonèmes partiels ou totaux de deux mots (ou parfois plus), souvent sur la base d’une homophonie commune, pour en créer un nouveau.

Cette technique d’écriture est très ancienne (XVIe siècle selon Wikipédia, comme le montre la citation qui suit) et toujours au goût du jour (informatique, calfeutrer, alicament, tapuscrit, adulescent…), notamment dans la création d’équivalents francophones de termes anglophones (courriel, gratuiciel, etc.).

 

Le mot-valise, appelé techniquement amalgame lexical, est connu depuis le XVIe siècle (Rabelais a par exemple créé le mot « sorbonnagre » en amalgamant « sorbonne » et « onagre »). De nombreux motsvalise sont entrés dans le langage courant, mais il est courant d’en créer de nouveaux par jeu.

 

Les différents outils pour la construction d’un mot-valise sont principalement : l’apocope (suppression de phonèmes à la fin du mot), l’aphérèse (suppression de phonèmes au début du mot) et la syncope (suppression de phonèmes au milieu du mot).

À noter que certains se passionnent pour le procédé et des auteurs comme Christian Moncelet, Jean-Jacques Thibaud ou Alain Créhange, ainsi que plusieurs écrivains de l’Oulipo (qui est d’ailleurs un mot-valise !), ont sorti de nombreux ouvrages et recueils sur le sujet.

 

Quel intérêt pour l’écriture inclusive ?

 

Ce qui est intéressant avec les mots-valises, c’est qu’ils permettent de créer de nouveaux mots par un procédé littéraire légitime et éprouvé par nombre d’auteurs de renom, ce qui leur donne de facto le droit d’exister dans la langue. Leur recours est courant et certains sont même validés par l’Académie Française, comme nous l’avons vu dans les exemples plus haut, c’est pour dire !

Par ailleurs, ils offrent aussi des possibilités d’écriture plus légères que le point médian ou la citation complète des termes sous leur forme masculine ET féminine.

Voyons ici quelques exemples de mots-valises de plus en plus courants dans le monde du JdR, et leurs homologues :

 

Joueureuse | joueur·se | joueur et joueuse
Meneureuse | meneur·se | meneur et meneuse
Auteurice | auteur·trice | auteur et autrice
Créateurice | créateur·trice | créateur et créatrice
Illustrateurice | illustrateur·trice | illustrateur et illustratrice

 

Ils occupent moins d’espace et sont plus fluides à lire, en particulier à l’oral.
Ce procédé apporte donc une bonne alternative pour les personnes désireuses d’intégrer l’écriture inclusive dans leurs textes, mais allergiques au point médian.

 

 

Comment les utiliser ?

 

 

Une fois que vous avez choisi votre mot-valise, il y a deux choses à prendre en compte :

 

L’article

 

Il est possible d’utiliser l’article déterminé neutre : lea, qui n’a par contre pas d’équivalent au niveau de l’article indéterminé, en dehors du point médian : un·e.

 

Lea créateurice a publié un jeu.

 

Mais vous pouvez aussi tout simplement mettre le féminin partout pour plus de simplicité : la, une.

 

 

La joueureuse peut prendre la parole.

 

Le problème ne se pose pas au pluriel qui reste : les, des.

 

L’accord

 

Faute de genre neutre dans les règles d’accords, ceux-ci se feront de préférence en utilisant la règle d’accord de proximité si l’on souhaite éviter le point médian. Comme la terminaison des motsvalises est féminine, il convient alors d’accorder tout au féminin.

 

Les auteurices sont venues en dédicace.

 

Cela dit, il est néanmoins toujours possible de recourir au point
médian, pour plus de neutralité.

 

Les auteurices sont venu·e·s en dédicace.

 

Pour conclure, il est intéressant de garder en mémoire que ce procédé littéraire, tout comme l’amalgame syntagmatique, est fréquent dans l’écriture de jeux de rôle et de SFFF* depuis longtemps, pour créer des noms de créatures (Tortemoque, Nosfécureuil), de lieux imaginaires (Ortigrise), de personnages (Rincevent) ou même de boutiques IRL (Trollune). Son utilisation pour l’écriture inclusive devrait donc parfaitement s’insérer dans le paysage !


Sources :

Wikipedia

Le Gradus des procédés littéraires, Bernard Dupriez, 10-18

Découvrons ou redécouvrons le mot-valise

*Science-Fiction Fantasy Fantastique

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5 commentaires

  1. Article intéressant merci ! Personnellement je fais pas mal appel au site eninclusif[point]fr qui a la particularité de proposer également une alternative neutre pour les mots recherchés. Alors, ça ne fonctionne pas toujours pour tous les mots, mais cela reste louable.

  2. J’hésite toujours à utiliser la forme “joueureuse” et “meneureuse” dans mes jeux, mais j’avoue être assez convaincu après la lecture de cet article. En plus je trouve ça de plus en plus sympa à prononcer à l’oral, ça coule tout seul. Merci Erell !

  3. Je n’avais encore jamais entendu parlé de ça ! En espérant pour le coup que de plus en plus de personne adopte ce terme littéraire. Au début ça peut sembler bizarre à prononcer mais comme tout, on s’habitue vite ! Merci pour cet article de découverte pour moi ! 🙂

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