Adapter le Jeu de Rôles : Pourquoi ? Pour qui ? Comment ?

C’est peut-être, et certainement, que je suis attentif à cette dimension, mais j’ai l’impression que les initiatives en faveur d’un Jeu de Rôle accessible au plus grand nombre tendent à se multiplier. Certes, cela reste à la marge et sera, à mon goût, toujours insuffisant. Mais j’ai le sentiment que ça tend à se démocratiser. « Enfin » allais-je dire.

 

Adapter pourquoi ?

Que serait le JdR sans partage ? Même dans les JdR solo, il y a partage, ne serait-ce qu’entre l’auteur et le joueur. Je ne dis pas qu’il ne puisse pas être agréable de créer son propre JdR rien que pour soi, mais de vous à moi, le JdR c’est quand-même plus sympa quand c’est partagé non ? 

Le récent confinement fût un révélateur de cette nécessité du partage ! Si tel n’était pas le cas, pourquoi aurions-nous ressenti ce besoin impérieux de trouver des moyens de jouer ensemble malgré le confinement ? D’organiser des Cyber-Conv ? Pourquoi certains se seraient-ils convertis à cette occasion aux plateformes en ligne que je n’ai nullement besoin ici de nommer ?

Pourquoi enfin, si le partage n’était pas central, créerions-nous tant de sites, de discords, de chaines twitch, youtube, ou autre groupes, pages, etc. ?

Oui, sans partage, le JdR perd une grande partie de son intérêt.

J’ai l’intime conviction que plus on partage, plus on a envie de partager, et vient un moment où, on se retrouve confronté à des limites, des barrières, qui entravent ce partage. Vient ce moment où, on cesse de chercher à partager plus, et on réfléchit comment partager mieux.

Paradoxalement, partager sa passion n’est pas toujours si simple qu’il y paraît. Lorsqu’on est dans un entre soi, avec d’autres rôlistes, là, pas de problème. On parle le même langage. Quoi que, il existe malheureusement des dissensions et tensions assez nombreuses au sein même de notre communautés. C’est regrettable, mais c’est un autre sujet.

Non, la difficulté de partage dont je veux parler ici, c’est celle que l’on rencontre quand on veut faire découvrir notre passion. C’est bête à dire, mais il est difficile d’expliquer le JdR au grand public, et ce, même si notre loisir favori tend à se démocratiser.

Laisserons-nous à des « pro de la communication » le soin de parler du JdR pour nous ? Ceux qui ont connu dans les années 80 ce que j’appellerais « la pandémie Dumas » vous dirons à quel point cette piste peut être néfaste.

C’est à nous de relever le défi et de nous emparer de cette tâche…

Adapter pour qui ?

Le JdR pour toutes et tous, un rêve, un idéal auquel je crois. C’est peut-être mon coté bisounours utopiste. Qu’importe !

Première question à se poser : Lorsque je dis « toutes et tous », ça inclue qui ? Bah… normalement tout le monde. Oui, sauf que, aujourd’hui, le JdR, en France tout du moins, reste une petite niche.

Donc il va, à un moment ou à un autre, relever la tête du Livre de Base, se lever de la table où l’on est si bien avec les copains qui pensent tout pareil ou presque que moi, et se demander si d’autres autour de moi ne seraient pas intéressés ou simplement curieux, et si ce n’est pas le cas, comment faire pour que ça le devienne.

On pourrait essayer de dresser une liste des publics pas encore assez ciblés par le JdR : femmes, enfants, personnes âgées, personnes en situations de handicap ou avec difficultés diverses et variées, haut potentiels intellectuels, personnes singulières, particulières, … simplement différentes de par leur culture, leurs croyances, leurs goûts, …

Je vais résumer : L’AUTRE.

L’autre dans le sens où iel n’est pas moi, ni mon copain de table rôliste habituel, non : l’autre c’est ici la personne qui est suffisamment différente de moi pour que j’ai quelques difficultés à me mettre à sa place et à essayer de ressentir ce qu’iel ressent, de penser ce qu’iel pense, … d’être en phase avec iel.

L’empathie n’est pas naturelle à tout le monde, et encore moins lorsqu’on ne s’y essaie pas.

Adapter comment ?

Adapter pour tout le monde, ceux qui se sont essayé à l’adaptation vous le diront, c’est la quadrature du cercle, parce qu’une adaptation facilitatrice pour l’un peut devenir un obstacle pour l’autre. L’adaptation universelle, on peut oublier.

Ce qui veut dire qu’on ne peut pas adapter « par avance », tout seul dans son coin pour l’Autre.

J’ai essayé de créer un système adapté au personnes déficientes intellectuelles ou avec troubles Dys.  Il est loin d’être suffisant et à l’usage, je ne cesse de voir tout ce qui ne va pas… Mais il existe, il est là : Simply-Sim System

D’autres que moi se sont essayé à l’adaptation, avec de belles réussites parfois. Une table adaptée aux non-voyants – mal-voyants à même été animée à plusieurs reprises sur la convention Octogônes.

Adapter pour l’autre : faire que le JdR soit suffisamment « goûtu » et « nourrissant » pour iel…

Cela va d’abord nécessiter d’aller rencontrer, d’oser questionner, d’observer, écouter, découvrir, mais aussi, soi-même, se dévoiler, se raconter…

Adapter pour l’Autre, c’est donc avant tout adapter avec l’Autre. Le comment dépendra ensuite de soi, de l’autre, et de la relation qui s’établira entre les deux ou les multiples participant de cette adaptation.

Je ne suis pas le seul à m’être posé et me poser encore cette question qui a fait l’objet d’une conférence lors de Rôl’Event, à laquelle j’ai eu l’honneur et la joie de participer.

Enregistrement de la conférence

Suite à cette conférence, j’ai récemment ouvert un Discord dans le but de réunir toutes celles et tous ceux qui, avec les moyens, le temps et la disponibilité qui sont les leurs, souhaitent réfléchir, rechercher, expérimenter et partager leurs questions, démarches, travaux et trouvailles en terme d’adaptation du JdR.

Bien entendu il n’est ni pas parfait. Bien entendu il n’est pas adapté à tou(te)s, … Soyons optimistes : pas encore.

Mon rêve, immense, avec mes modestes moyens, serait d’y trouver chaque personne qui, de près ou de loin, se sent concernée par cette question. Et chacun(e) devrait se sentir concerné(e) par une telle question si vous voulez mon avis.

Ensemble, j’en suis convaincu, nous pouvons créer un monde rôliste largement ouvert à toutes et à tous.

Pour finir

J’ai envie de conclure cette réflexion et ce court article par une petite formule, une recette secrète à mijoter avec soin et sans modération :

« Voici qui je suis, dis-moi qui tu es, et créons ensemble un jeu qui nous rassemble ».

 

Rejoignez le  Discord Jdr pour Tou(te)s

Merci

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2 commentaires

  1. Et la demande est tellement multiforme! En tant que professionnel, je savoure cette époque gavée de pop culture, ouvrant aux plus obtus.e.s la possibilité de s’amuser en se mettant dans la peau de héros et héroïnes, mais oui, grâce au jeu de rôle, mes bons amis (client.e.s)! Sur Linkedin apparaissent de nombreux modèles de jdr adaptés au team-building, outils légers et pratiques, manquant certes de la poésie de nos ami.e.s narrativistes, mais formant un socle sur lequel s’appuyer, et surtout, touchant vraiment beaucoup de monde. On m’a récemment demandé d’animer une session découverte du jdr, 2h, avec 17 personnes novices! Voilà le genre de challenge ne pouvant pas se résoudre à l’ancienne, voici les défis d’aujourd’hui. Aller vers le plus simple, le conte, la narration partagée, surtout ne pas s’accrocher à l’entre-soi rôliste, tellement limité. Cette époque est super pour le jeu de rôle.

    • Merci pour ce commentaire. Il y a en effet comme un grand vent de liberté qui semble souffler fort sur le jdr et faire tomber ses vieilles parrures pour mieux le révéler et le renouveler.

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