Waouh !Waouh !

Une année de plus au Club de JdR au collège

Bilan et perspectives de l’année scolaire 2022-2023

Le mois de juin est celui de la fin d’année scolaire. Les professeurs sont sollicités pour faire des dizaines de bilan de tout ce qu’ils ont fait pendant l’année. C’est aussi le moment des bulletins du dernier trimestre. Et c’est aussi le moment ou le Club a fermé ses portes pour l’année. Il n’y aura pas de partie officiellement en juin car l’emploi du temps est trop chargé pour le permettre. C’est donc le moment de faire le bilan d’une année… différente…

 

Un succès dans la durée

Cette année, le succès a pu se mesurer au taux de présence des élèves à chaque semaine. Sur toute l’année, ce sont plus de cinquante élèves différents qui sont venus tester pour au moins deux sessions le JdR. Les plus fidèles sont environ 25 : une dizaine de 6e-5e sur le créneau de 11h-12h et une quinzaine de 4e-3e sur le créneau 13h-14h.

Comme les autres années, je peux dégager trois périodes distinctes dans les fréquentations. Les mois de septembre à décembre ont été ceux de la découverte et de la fréquentation. Beaucoup d’élèves, via le bouche-à-oreille, sont venus voir ou tester. Les jeunes MJ se sont lancés sur des histoires courtes, souvent en reprenant les aventures qu’ils ont vécu avec moi la semaine précédente. Il y a eu de l’énergie, des questions, de l’émotion ! C’est sur cette période que le plus gros des effectifs découvre le club.

La deuxième phase va de la rentrée de janvier jusqu’à celle d’avril. Ce fut la phase la plus « compliquée ». Les effectifs étaient assez nombreux : impossible pour moi de m’occuper de chaque tablée. En outre, les jeunes MJ n’ont pas poussé plus loin que quelques parties pour des raisons multiples dont je parlerais plus loin dans l’article. Ainsi j’animais une table de 5-6 joueuses et joueurs au centre de la salle tandis que sur les côtés, presque dix joueurs attendaient leur tour pour postuler à la prochaine partie. En attendant, ils s’occupaient dans des jeux de société ou des bouts de scénarios expérimentés par un MJ sans suite d’une semaine à l’autre.

Enfin, la dernière phase, dite de stabilisation. Dés la rentrée d’avril, la fréquentation diminue. La reprise des sorties scolaires et le beau temps motivent plus à rester dans la cour. Seuls les fidèles, ceux qui apprécient le jdr et qui arrivent à faire jouer, reviennent. Sur la fin du mois de mai, le Club tournait à 3-4 tablées par semaine toutes sessions confondues en comptant les miennes.

 

L’ensemble me confirme la nécessité de prendre des décisions sur cette fréquentation. Elle peut aussi nuire à la qualité et à l’ambiance.

 

Nouvelle direction, soutien renouvelé

Cette année particulière, le collège dans lequel j’exerce a connu plusieurs changements. Ce sont des choses courantes dans la vie des collèges en France mais qui peuvent avoir des conséquences sur son fonctionnement. Si la structure et le budget interne du Club dépendent du Foyer Socio-Educatif (une association loi 1901 regroupant au sein du collège des adhésions pour financer des projets à destination des élèves), mes possibilités d’interventions dépendent directement du chef d’établissement. Avec moins d’heures supplémentaires, des réquisitions régulières de la salle et une gestion moins fluide des priorités cantines, vous pouvez dire adieu à votre Club : il ne fonctionnera pas et vous vous épuiserez à le faire tourner à vide. Ce fut une succession agréable pour le club : la nouvelle direction a conservé cette modalité de fonctionnement et l’a soutenu. La principale a même accepté un entretien paru dans Casus Belli. Ce soutien a permis plusieurs petits projets : des articles, une mise en avant dans la vie du collège et dans le projet d’établissement.

La vie scolaire m’a accompagné toujours avec efficacité dans l’encadrement des élèves, ce qui fut vital vu les effectifs. Le FSE a reconduit son enveloppe et s’est mobilisé pour le concours. La salle, si elle a été utilisée quelques fois, a toujours été restituée en l’état.

Donc, c’est avec une certaine sérénité que cette année a pu se dérouler sur le plan administratif. Si j’ai quelques garanties pour l’année prochaine, il y a un point sombre et inquiétant dont je parlerais plus loin dans l’article.

c’est avec une certaine sérénité que cette année a pu se dérouler sur le plan administratif.

 

Les temps forts de l’année

Des articles, toujours des articles, encore des articles ; l’année m’a permis de me tenter sur différents sujets dans les médias qui me font confiance. J’ai pu ainsi proposer des interviews de professeurs, d’élèves, de Damien Coltice autour du JdR. Cela montre la confiance qu’on accorde aux loisirs et à moi-même. Encore merci à vous.

 

Le concours Monstres x Légendaires a été un succès en demi-teinte. Il a été préparé dés la rentrée de septembre avec les collègues de Lettres modernes, les professeurs documentalistes du CDI, les collègues d’art plastique, la vie scolaire et la direction. Nous avons ratissé large : les nombreuses affiches, des appels micro, une visibilité sur le site du collège ont vu naître un certain engouement. Les sponsors ont été au rendez-vous avec une générosité incroyable : des livres, des boîtes de jeu, des cartes magic, des bijoux !!! Merci encore à Philibert, Black Book Editions, Frimae la Roliste, Ceizyl pour la pluie de cadeaux. L’armoire des coupes a été utilisée pour exposer ces lots et attirer des cortèges d’élèves admirant la vitrine.

Puis vint la douche froide… Seuls 30 dessins ont été restitués alors que plus 130 fiches vierges ont été distribuées et que des dizaines d’élèves sont venus demander des informations… Certes, la qualité des dessins fut exceptionnelles mais pourquoi si peu… Les raisons sont multiples : d’abord, le délai. Le concours a duré de la rentrée de janvier jusqu’à celle de mars. En fait, c’est trop long. Les élèves se sont démobilisés en se disant « j’ai le temps » puis oubliant qu’ils avaient envie de candidater. Ensuite, d’autres concours ou enjeux sont venus les distraire de cet objectif. Enfin, et nous touchons là une des problématiques de plusieurs collèges de France, le manque d’autonomie des élèves. Ont rendu un personnage les élèves qui ont réalisé l’activité avec un professeur en classe ou dans un club. Ceux qui se sont lancés « sans tuteur », ne sont pas allé jusqu’au bout (sauf la gagnante). Je fais une petite pause « concours » pour l’année prochaine, histoire de réfléchir à un projet mieux périodisé pour l’année suivante.

Le partenariat Antre-Monde fut un vrai défi et un succès certain au sein du Club. A la suite d’une offre de partenariat de l’éditeur, j’ai accepté de faire jouer des parties de Chroniques de l’Etrange Hong Kong. L’ensemble a donné lieu à deux chroniques sur d1000etd100 et a beaucoup plu aux joueuses. J’aimerai beaucoup pouvoir reproduire ce genre d’expérience (surtout avec un service presse !), encore merci à Antre-Monde.

 

Les sponsors ont été au rendez-vous avec une générosité incroyable : Philibert, Black Book Editions, Frimae la Roliste, Ceizyl…

 

A quoi on a joué ?

D-Start, cette année encore, a été le système le plus plébiscité. Les boîtes m’ont servi à animer des parties de découverte et d’initiation avec un succès toujours renouvelé. La sortie d’une boîte « expert » promet de belles perspectives pour la suite. Ensuite, les jeunes MJs se sont tentés à partir du D-Start, surtout lors de la première phase décrite au début de cet article. Cependant, une fois les scénarios épuisés, peu de MJ se sont tentés sur d’autres systèmes. Le D-Start rempli néanmoins son rôle : mettre sur des rails le Club sans trop de complexité. La boîte de Critical, la boîte d’initiation de Chroniques Oubliées et les boîtes Koh-Lanta ferment la marche des jeux les plus pratiqués. Avec D-Start et Koh Lanta, Fabien Fernandez est donc l’auteur de Jdr le plus pratiqué au collège de Céret.

 

« Partie sur le pouce » est un projet personnel né du constat que le D-Start ne suffit pas à nourrir des groupes très consommateurs. J’ai l’occasion de développer sur ce système et les histoires que j’y raconte dans le Casus Belli 44. Je serais amené à en parler plus en détail. Pour être bref : c’est un système qui se veut simple dont le cœur est de proposer un « canevas » pour guider l’écriture d’un scénario par des jeunes joueurs. J’y mêle le loisirs avec mes réflexions sur la pédagogie et les compétences du Socle Commun que nous évaluons au collège.

 

Le « Loup Garou de Thiercellieux », je sais, n’est pas un jeu de rôle. Pourtant, c’est de loin le jeu le plus pratiqué au Club. La principale raison est expliquée plus haut : beaucoup viennent au Club mais ne lancent pas de partie. Se retrouvant ainsi par groupe de 8 à 12, la solution la plus amusante pour eux étaient de commencer une ou plusieurs parties de Loup Garou. Certes, l’ensemble fut parfois bruyant, souvent confus mais ils sortaient toujours avec le sourire. Cependant, est-ce vraiment le but du Club ? C’est une question à laquelle il faudra aussi que je réponde pour la rentrée prochaine.

 

Avec D-Start et Koh Lanta, Fabien Fernandez est donc l’auteur de Jdr le plus pratiqué au collège de Céret.

 

Amadou, cette mascotte qui me dépasse

Amadou, la mascotte peluche, a, cette année encore, déployé son influence silencieuse sur le Club voire sur ma vie. Elle est devenue très populaire au sein du collège ; d’aucun en parle comme la mascotte non-officielle. Des collègues me demandent Amadou pour accompagner certains projets (comme des flash mob’) ; des élèves demandent Amadou pour le faire figurer sur des projets photo ou des mini-tournages ; enfin, Amadou a été sollicité pour figurer sur une des fresques « street art » du collège. Cette petite peluche, choisie rapidement pour illustrer une exposition au CDI, ne cesse de me surprendre par l’affection qu’elle suscite.

 

A l’extérieur, Amadou m’a accompagné à Octôgones ; au FiJ de Cannes et même lors d’un voyage professionnel à Athènes où l’ensemble des participants a adopté Amadou. Il figure désormais dans la quasi-totalité des articles que je rédige. Il me fixe d’ailleurs à l’instant pendant que j’écris ces lignes. Dois-je avoir peur qu’il me vole ma place ? Nous autres rôlistes, savons à quel point ce loisirs est formidable car nous pouvons nous glisser derrière notre avatar de papier et être quelqu’un d’autre. Combien d’entre nous, timide ou introverti, ont trouvé dans le JdR une voie pour entrer en contact avec les autres ? Amadou est l’incarnation du mon personnage, le Prof de JdR. Nous risquons de passer encore quelques années, lui et moi, à arpenter des livres de JdR et des conventions ensemble.

 

Il me fixe d’ailleurs à l’instant pendant que j’écris ces lignes. Dois-je avoir peur qu’il me vole ma place ?

 

Des inquiétudes

Le nouveau public que j’ai au Club est différent de ce à quoi je m’étais habitué. J’ai eu l’occasion de m’en inquiéter dans d’autres chroniques. Les garçons, qui sont devenus les nouveaux fidèles du club, ont des comportements très éloignés de ce que les groupes de filles, qui venaient jusqu’alors, avaient.

 

Entrons dans les détails : quand ils sont en partie avec moi, cela se passe plutôt bien, sinon qu’il faut régulièrement rappeler des règles de parole, demander du silence, voire « confisquer » des dés qui ne cessent de tomber. Lorsqu’ils tentent de jouer une partie entre eux, c’est beaucoup plus compliqué. Ils ont pu ainsi, en dix minutes, être capable de sortir et vider trois boîtes de jeu différentes, en y changeant à chaque fois de « maître de jeu », de table puis de finalement faire une partie de Loup Garou. Plusieurs ont a tenté de faire jouer sans jamais arriver à commencer une partie : l’un s’amuse à faire tomber l’écran en lançant des dés ; l’autre cherche à subtiliser les crayons ; le dernier coupe constamment la parole pour simuler son personnage en train de geindre… Bref, j’ai vu les MJs se succéder et tous laisser tomber 15 minutes après le début. Pour qu’ils arrivent à finir une partie, j’ai dû rester debout, derrière le MJ, pendant toute sa durée, tel un arbitre extérieur. Cependant, ils sont quand même arrivés à faire plusieurs scénarios de la boîte D-Start (consommés tel des binch-roleplayer) et à créer leur propre univers, inspiré de Gods Of War.

 

Ils ont pu ainsi, en dix minutes, être capable de sortir et vider trois boîtes de jeu différentes, en y changeant à chaque fois de « maître de jeu », de table puis de finalement faire une partie de Loup Garou.

 

Ainsi, mon analyse est que ce genre de profil rejoint ce que je retrouve comme enseignant dans mes salles de classe. J’y vois des élèves qui n’arrivent pas à gérer leurs émotions et leur enthousiasme. Ils ont du mal à tenir une concentration supérieure à une demi-heure et à s’organiser pour préparer en avance quelque chose. Il y a là une forme d’immaturité (au sens de difficulté à s’autocensurer face à un groupe) qui devrait se corriger avec le temps.

Chez les plus grands, j’ai aussi dû intervenir plusieurs fois pour mettre fin à des parties devenant bruyantes voire dangereuses. Une partie de Loup Garou récente a ainsi dû être abrégée car les cartes volaient, une boîte de dés a été cassé et plusieurs téléphones hurlaient des vidéos TikTok. Ce fut pour moi la confirmation qu’il faut limiter ma capacité d’accueil.

Voilà, j’ai pas mal avancé ma réflexion : avec les générations qui arrivent, je ne peux plus laisser le « Club ouvert » à qui veut bien entrer. Il faut que je m’assure que chaque groupe a bien une activité précise. Ce qui veut dire que mon temps personnel de « jeu » va être très réduit. Je pense donc accueillir des groupes de façon progressive en envoyant des « invitations » par paquet de 4-5 joueuses et joueurs le temps de former et éventuellement faire émerger une ou un MJ.

 

Avec les générations qui arrivent, je ne peux plus laisser le « Club ouvert » à qui veut bien entrer.

 

L’autre grosse inquiétude vient de la gestion des divers projets de réformes. Attention, je ne souhaite pas ici exposer un éventuel engagement politique ou syndical, ni me faire le porte-parole d’une opinion. Ce n’est pas mon rôle car ce n’est pas le citoyen qui écrit. Cependant, la destinée des Clubs est pour le moment liée à la formule que prendra le « Pacte enseignant ». Si l’encadrement d’un Club entre dans les missions fixées par le Pacte, il va être nécessaire de clarifier les engagements de ces missions. Est-ce qu’encadrer un Club signifie accepter d’autres missions obligatoires ? Sinon, le Club doit-il se faire de façon bénévole ? Ce ne sera pas le même investissement… A ce jour, ces questions restent en suspens et risquent de trouver des réponses… en septembre…

 

 

Emotions de fin d’année

Une fin d’année, ce sont surtout des émotions et des tristesses du départ. Le groupe de 5 filles qui a connu le club depuis trois ans doit désormais le quitter le collège pour aller au lycée et accessoirement conquérir le monde. Elles ont visité bien nombre d’univers, explorer des systèmes de règles différents, vécu des moments de roleplay intenses. Elles ont servi des cobayes sur des projets personnels, sur le partenariat Antre-Monde, essuyer les plâtres des déménagements de la salle au pied levé… J’ai pu voir certaines de ces filles quasiment tous les jours : soit en classe, soit au club. C’est dur de laisser partir des élèves qu’on apprécie. Ca l’est encore plus quand elles vous ont permis d’avancer comme enseignant : « ces élèves qui nous élèvent ». Merci à elles ! Que la société se prépare à les accueillir !

 

Ensuite, j’ai adoré tout au long de cette année vous lire. Oui, vous, mes collègues enseignants, éducateurs, formateurs, animateurs : celles et ceux qui ont pris contact avec moi via Facebook, via d1000etd100, en direct lors des conventions. Certaines et certains m’ont raconté leurs propres pratiques, m’ont montré les outils qu’ils ont crée pour leur jeu et m’ont fait prendre conscience que j’étais déjà un boomer rolistique avec mon Club… J’ai adoré ces échanges, j’ai le sentiment que nous vivons une nouvelle étape avec le JdR. Notre loisirs se massifie et se diffuse dans bien des milieux. Continuons nos efforts pour voir le moment où un vrai « professeur de JdR » naitra et viendra nous former avec l’investiture des institutions.

 

Moi en tout cas, j’y crois !

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Écrit par Sébastien Fajal

Professeur certifié de l'enseignement secondaire
Animateur de Club de Jeux de rôle
Auteur chez Casus Belli Magazine
Auteur chez d1000etd100

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